Mourir pour la France

Publié par Marylis Costevec

Sur le front de Champagne ...

5 mars 1915

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Mathurin FAYOT, né le 8 juin 1891, était inscrit maritime. A la déclaration de guerre, il fut sans doute fort surpris d’être incorporé dans le 62ème régiment d’Infanterie. Comme ses compatriotes, Jean Marie SCOLAN et Laurent ANNIC, il périt au Mesnil-lès-Hurlus en Champage.

Il servait dans un autre régiment (le 72ème R.I.) qui fut engagé dans la conquête de la côte 196 dès le 21 février 1915. il fut relevé par le 87ème le 26 février. Les pertes humaines avaient déjà été terribles (994 hommes hors de combat dont 10 officiers) pour le seul 72ème R.I.

À la date du 28 février 1915, le J.M.O. de son régiment précise que «l’état sanitaire laisse à désirer. Les hommes présentent encore des symptômes accusés de fatigue générale». 21 hommes seront évacués ce jour-là. Puis 93 autres les 3 jours suivants.

Les hommes épuisés qui ont déjà vécu l’enfer repartiront pourtant le 4 mars vers Le Mesnil où il semble régner une certaine pagaille. Les nombreux officiers et sous-officiers tués ou blessés manquent cruellement pour encadrer les opérations.

C’est le 5 mars que Mathurin Fayot fut fauché sur le champ de bataille.

Les combats continueront sans lui. Son régiment sera relevé dans la nuit du 7 au 8 mars.

L’acte de décès de Mathurin Fayot sera établi un mois plus tard, le 4 avril,  à Aubercy dans la Meuse par Auguste Lefèvre, sous-lieutenant du 72ème régiment, officier de l’Etat-civil suivant les témoignages du caporal fourrier Charles Vanderheert et du sergent major Ernest Hernot.

Le sous-intendant militaire GUYON apposera aussi sa signature.

L’acte de décès sera validé le 23 juin 1915 par le chef du bureau des archives administratives au nom du ministre de la guerre et transcrit à Locmiquélic le 16 juillet suivant.

Il n’y a pas de lieu de sépulture connu …

Acte de décès de Mathurin Fayot (transcription).

Acte de décès de Mathurin Fayot (transcription).

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26 février 1915

 

Laurent ANNIC était fantassin. Fils de cultivateur, il avait fait son service militaire dans l’infanterie entre 1903 et 1906. Le 25 février 1915, son régiment (le 87ème RI) arrive au Mesnil-lès-Hurlus en Champagne (département de la Marne). Les attaques y avaient débuté 3 jours auparavant.

 

Laurent ANNIC disparaîtra au combat le 26 février comme son camarade Jean Marie SCOLAN 4 jours plus tôt. Ce jour-là, le 87ème régiment d’Infanterie opéra en liaison avec le 8ème, le 51ème et le 120ème régiment sous un feu violent et se couvrit de gloire, selon les termes de la citation à l’ordre de la division en date du 6 mars.

Le journal de marche et opérations militaires (JMO) relate les 10 jours de combat en détail avant de fournir un résumé en forme de bilan :

« 6 mars 1915 :
En résumé : Pendant la période du 25 février au 6 mars, période au cours de laquelle les unités du 87ème ont été mis à la disposition du1er C.A*., le 87ème a participé dans une très large part à l’enlèvement de la côte 196. Le 2ème bataillon s’est couvert de gloire au cours de cette attaque.
Le 1er bataillon a progressé au N. des bois jumeaux
Le 3ème bataillon a contribué à la reprise d’éléments de tranchée perdus par le 120ème et a su conserver intactes ses positions. Deux mitrailleuses, un canon révolver et plus de 100 allemands ont été capturés.
Au cours de ces journées glorieuses, le 87ème a subi des pertes cruelles qui s’élèvent à 11 officiers tués, 16 blessés et 1 disparu et à environ 180 hommes tués, 600 blessés et 400 disparus, la plupart tués ou blessés à la suite de violents corps à corps. Les cadres ont subi des pertes particulièrement sérieuses puisque
le 1er bataillon n’est revenu qu’avec 1 sous-lieutenant
le 2ème avec 2 capitaines et 3 sous-lieutenants
le 3ème avec 1 chef de bataillon et 1 capitaine.
Enfin, le 2/3 environ des sous-officiers ont été mis hors de combat. »

 

Le décès  de Laurent ANNIC sera rendu officiel par jugement du tribunal de Lorient le 7 septembre 1920.

*C.A. : corps d'armée

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... 22 février1915 ...

 

Jean Marie Scolan est l’un de ces inscrits maritimes à qui on remet le barda en août 1914. Il avait servi dans la Marine, il combattra dans l’Infanterie et disparaîtra sur le front de Champagne le 22 janvier 1915. Il avait 28 ans.

Son régiment (le 51ème) arrive au Mesnil-lès-Hurlus dans la Marne et s’installe dans les tranchées dans la nuit du 21 au 22 février.

A 10 heures du matin, l’artillerie prépare le terrain et à 15 heures, les clairons sonnent la charge. On peut lire le compte-rendu de l’attaque dans le « journal des marches et opérations militaires » (J.M.O) du régiment :

« L’attaque eut lieu à 15 h après la préparation par le tir de l’artillerie.

Mais à peine les brigades étaient-elles sorties des tranchées qu’elles furent soumises à une violente fusillade provenant des tranchées du bois allongé. L’artillerie en effet n’avait atteint que la première ligne de tranchées allemandes et laissé indemnes leurs tranchées de 2ème ligne situées à environ 80 m. de la 1ère.

Devant les pertes subies par les 5ème, 6ème et 8ème brigades, le bataillon qui avait progressé d’environ 200 m. dut se replier dans les tranchées. Néanmoins une section de la 8ème brigade (Cie de droite) profitant de l’aide qui lui fut apportée par les feux de la 7ème brigade, put prendre pied dans le bois allongé et gagner ainsi 100 m. de tranchées occupées par la 7ème brigade

Cette section de la 8ème fut renforcée par un peloton de la 9ème brigade, sous les ordres du capitaine Habguillart qui fit organiser très solidement la position.

Vers 18 h une contre-attaque ennemie, forte de plusieurs brigade débouchant en colonnes par ( ?) eut lieu devant la tranchée nouvellement conquise et la 7ème brigade fut repoussée par les feux d’infanterie et d’artillerie

Pertes de la journée

2 officiers tués, 4 blessés

Troupe : 74 tués, 141 blessés, 51 disparus. »

 

Jean Marie Scolan fait partie des disparus. Ce n’est que le 8 novembre 1920 que son décès sera officiellement déclaré par le tribunal civil de Lorient.

 

 

 

 

 

Les combats continuent et les soldats qui en ont réchappé se ruent sur l’ennemi jour après jour jusqu’au 5 mars. 97 autres hommes périront, 121 disparaîtront et 499 hommes seront blessés.

Dans la nuit du 5 au 6 mars, le régiment reçoit enfin l’ordre de se retirer.

Le 13 mars 1915, le colonel passera les troupes en revue et les survivants l’écouteront donner lecture de la citation du régiment à l’ordre de l’armée :

" Le 51ème régiment d’Infanterie, sous le commandant du lieutenant-colonel Brion a enlevé d’un seul élan une importante position allemande fortement organisée, en a chassé les défenseurs avec une bravoure et une énergie qui ont fait l’admiration de toutes les troupes du secteur, s’est installé sur la position conquise et a résisté obstinément pendant plusieurs jours aux contre-attaques acharnées des renforts ennemis."

Le général-commandant de la 4ème

Signé : Gal de Langle »

Bilan : 445 morts ou disparus, 641 blessés pour ce régiment dans cette bataille.

 

Sources : site officiel « Mémoire des hommes », archives municipales (registre des décès), archives départementales (Registres matricules)

 

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8 février 1916 :

La perte de l'AMIRAL CHARNER ...

3 Minahouets* à bord

                                                                                 

Ils étaient 3 :                                              

Julien LE FAOUDER, matelot chauffeur, 22 ans.  

Eugène LE NÉZET, matelot, 34 ans.

Paul Louis MAINGUY, quartier-maître canonnier, 21 ans.

 

3 marins de Locmiquélic, embarqués sur l’AMIRAL CHARNER, un croiseur-cuirassé affecté à la surveillance du Canal de Suez. Construit en 1893, c’est un de ces « vieux sabot hors d’âge, [… ] vétérans usés jusqu’à l’os qui ne tiennent que par la volonté de ceux qui sont à bord et passent leur temps à réparer tout ce qui casse »[1].

Le 7 février 1916 au soir, le bâtiment quitte Rouad, une île située à moins de 3 kilomètres des côtes syriennes entre Tripoli et Tartous. Il a apporté du matériel. Il emporte le courrier. Dans 2 jours, il sera à Port-Saïd en Egypte.

Tous les hublots sont bouclés, pas une lumière ne filtre. On sait qu’un sous-marin allemand patrouille dans les environs. Alors, on préfère naviguer de nuit …

Mais, le 8 février, on n’arrive plus à joindre le bateau. Il n’a pas donné sa position aux heures habituelles. Il ne répond pas aux appels. Que s’est-il passé ?

Le 9 février à l’aube, l’AMIRAL CHARNER n’est pas arrivé à Port-Saïd. Six unités partent à sa recherche. La journée passe : pas un débris, pas une épave. L’horizon est désespérément vide.

Le 11 février, on trouve quelques bouts de bois mais si loin de la route tracée par le CHARNER !

Enfin le dimanche 13 février, vers 7 h, le LABORIEUX croit apercevoir le périscope d’un sous-marin, un sous–marin qui se comporte de manière fort étrange.

Ce n’est pas un sous-marin. C’est un radeau avec un homme qui a accroché son caleçon à un aviron pour appeler à l’aide : Joseph CARIOU, un marin de Clohars-Carnoet, près de Quimperlé, qui a survécu cinq jours sans vivres et sans eau.

Il racontera le naufrage et le calvaire de ceux qui avaient pu se hisser sur les deux radeaux qu’on avait eu le temps de mettre à l’eau :

Le 8 février à 7 heures, juste après le changement de bordée, il a entendu « un bruit sourd avec un fort tremblement du bateau, [et] a eu tout de suite l’impression que c’était une torpille ». Le sous-marin allemand U-21 qui l’a envoyée notera que l’AMIRAL CHARNER a coulé en 4 minutes.

Pas le temps de mettre les canots à la mer, pas le temps de gonfler les collets de sauvetage.

Joseph CARIOU et treize autres hommes se hissent sur le plus petit radeau. Quarante hommes, peut-être plus, montent sur le grand radeau. Le vent les pousse vers le large.

Sur le petit radeau, les hommes lâchent prise les uns après les autres, deviennent fous, délirent et se jettent à la mer. Le jeudi soir, CARIOU est seul sur le radeau.

Seul, pendant deux jours et trois nuits, il s’accroche, scrute la mer, et prie jusqu’à ce dimanche matin où il aperçoit le LABORIEUX. Sauvé ! Il est sauvé !

Ses 427 compagnons ont péri. Parmi eux, les trois Minahouets et 8 Lorientais. Ces derniers ont-ils coulé avec le bateau ? Ont-ils souffert sur le grand radeau ? Pendant combien de temps ? Faisaient-ils partie des 13 marins qui ont tenu 3 jours sur le petit radeau ?

Nul ne le sait. Nul ne le saura jamais ...

 

[1][1]MARINE NATIONALE, Navires de la Grande Guerre, AMIRAL CHARNER, Fiche récapitulative mise à jour le 21 juin 2008, auteurs :DUFEIL Yves, LE BEL Franck, TERRAILLON Marc,

* Les Minahouets sont les habitants de Locmiquélic (surnom).

Publié dans La Grande guerre

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