Souvenirs de permissions ...

Publié le par Marylis Costevec

Vous ne vous êtes sans doute jamais demandé quelle était l'importance de la baisse de natalité pendant la grande guerre.

Nous avons, quant à nous été un peu surpris par le nombre de bébés mis au monde à Locmiquélic pendant cette période, compte-tenu de l'absence des hommes et surtout des circonstances qui n'incitaient guère à procréer.

Si en 1913 et 1914, 84 et 85 enfants ont vu le jour dans notre commune, il n'y en a eu que 62 en 1915, 42 en 1916, 64 en 1917 et 62 en 1918. Le nombre de naissances remonte à 88 en 1919 avant le pic de 1920 (112 naissances) qui s'explique aisément.

Ces enfants de la guerre ont certainement été conçus pour la plupart pendant les permissions de soldats et il est fort probable que ces naissances, relativement nombreuses malgré tout, n'étaient guère désirées.

Nous ne disposons, hélas, pas de témoignages directs mais nous pouvons nous  faire une idée des sentiments éprouvés grâce aux courriers écrits par Louis Lahoreau à sa femme, courriers qui nous éclairent aussi sur la contraception à cette époque.

Après le départ de son mari, en septembre 1918,  Maria attend vainement le débarquement des "anglais"* comme elle dit et, dans une lettre qui émeut beaucoup son époux, elle lui reproche vivement d'avoir fait "du beau travail". Elle considère donc qu'il est le seul responsable de son état et lui fait remarquer que "ce n'est pas [lui] qui en subira les conséquences".

Le poilu en est tout "surpris", retourné, "chiffonné" et jure "qu'il n'a rien fait pour cela", qu'à l'avenir, il n'agira pas "à la légère" et que si cela se reproduit ce sera "involontaire et encore après beaucoup de précautions"...

Il semblerait bien que Maria ait évoqué un avortement possible et Louis s'y oppose fermement  dans sa lettre du 29 septembre :
 

Ce petit viendra peut-être au monde plus tôt qu’il ne serait venu si nous avions attendu la fin de la guerre. Il n’y a pas plus de ma faute que de la tienne. C’est la destinée qui l’a voulu. Tu seras bien gentille de faire attention de façon qu’il n’arrive rien. Tu t’exposerais déjà à altérer ta santé et puis tu perdrais mon estime. Si je savais que tu essayais de le faire couler ce qui est fait il ne faut pas le défaire. Avis aux amateurs de prendre des précautions pour éviter ces ennuis. Cet enfant sera à nous deux. Par conséquent, ce n’est pas un déshonneur, au contraire. Tandis qu’une femme qui fait couler un embryon ou un fœtus, c’est le commencement du crime et si malheureusement plus tard, il nous arrivait de perdre nos enfants et de ne plus en avoir, nous n’aurons rien à nous reprocher.

Un-poilu-sans-histoire.over-blog.com

(voir les  lettres précédentes en cliquant sur les liens ci-dessous)*

Avec ces courriers, nous entrons dans l'intimité de nos ancêtres et les plus jeunes se rendront peut-être compte de ce qui a été obtenu par leurs parents et du déplacement de la responsabilité dans le couple en manière de contraception entre autrefois et maintenant.

 

* les règles, en référence à la couleur de l'uniforme des britanniques.

* Merci à Jean-Louis Letellier de nous faire partager le quotidien de ce poilu.

Publié dans La Grande guerre

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