Quand Julienne loua sa ferme ...

Publié le par Marylis Costevec

Le 18 décembre 1870, maître Duc, notaire à Port-Louis est arrivé au village de Kerderff qui fait aujourd'hui partie de la commune de Locmiquélic

Il vient chez Julienne Danigo, 66 ans, veuve  en secondes noces de Patern Le Frapper décédé en 1867. Il est accompagné de Jean Corno, gardien de phare et de Pépin Glais, ancien secrétaire de mairie qui feront office de témoins instrumentaires. Le rôle de ces témoins est d’authentifier les  actes lorsque les parties ne savent pas signer.

Ils étaient attendus pour rédiger le bail qui formaliserait la location, jusqu’alors verbale, de la ferme dont Julienne Danigo était propriétaire et qui était déjà exploitée par Patern Le Frapper, 32 ans, le neveu de son défunt mari qui portait les mêmes nom et prénom.

 

ADM, minutes DUC 6E20951

 

L’acte précise les conditions de la location :

« Il fumera et entretiendra les prairies tous les ans et ne pourra y laisser croître ni lande ni genêt. (…).

Il entretiendra en bon état les fossés qui existent.

Il ramonera fréquemment les cheminées et demeurera responsable des incendies suivant la loi.

A l’expiration du bail, le preneur aura le droit d’enlever les fumiers parce qu’il ne les a pas trouvés en entrant.

Il devra laisser sous studs* au fermier qui lui succédera le du courtil à chanvre qu’il a trouvé en entrant et quatre sillons dans le champ du Nodene qui remplaceront les quatre sillons qu’il a trouvés en entrant dans les champs du Mané. Ce sont les seules terres qu’il devra laisser sous stud n’ayant eu que cela sous stud à son entrée dans la ferme.

Il paiera pour prix annuel de ferme une somme de cent vingt francs payable en deux termes moitié fin août et moitié fin octobre*. Le premier paiement aura lieu fin août mille huit cent soixante dix et le second fin octobre suivant pour ainsi continuer d’année en année jusqu’à l’expiration du présent bail.  Le prix sera payable soit en la demeure de la bailleresse soit en l’étude du notaire soussigné. »

 

On ignore ce qui a amené l’une ou l’autre des parties à demander qu’un acte officiel soit rédigé mais  cet acte a le mérite de nous informer sur les pratiques de l’époque.

La période de 10 ans pour le bail est étonnante. Traditionnellement la durée des baux était et est toujours de 9 ans.

 

photo JF Gaffard

*Les studs (on trouve parfois « stus » dans les actes) : Compte tenu du cycle de végétation du chanvre semé en mai et récolté en septembre, il ne peut s’agir que des chaumes qui sont probablement laissés en place pour empêcher la croissance des « mauvaises herbes et enrichir les terres lorsqu'ils seront enfouis».

*Les dates des paiements sont intéressantes : elles correspondent à la fin des récoltes. C’est l’époque où le fermier a des rentrées d’argent.

 

 

Publié dans histoire

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