Poissons d'avril, bizutages d'autrefois ?

Publié le par Marylis Costevec

En ce premier avril 2020, on vous a peut-être fait des poissons d’avril par téléphone, mail ou visioconférence ; ceux qui vivent avec des enfants en ont peut-être eu d’accrochés dans le dos !

Sur les réseaux sociaux, il en est apparu de très gros et des plus fins, histoire de détendre une atmosphère particulièrement pesante … Peut-être que vous-mêmes, vous vous êtes fait avoir !

Nous avons eu envie de remonter le temps et de retrouver des blagues d’autrefois  et cela nous a réservé quelques surprises !

Une expression qui a changé de sens !

Si l’on en croit wikipédia, c’est en 1718 que l’expression «donner un poisson d’avril » entre dans  le Dictionnaire de l'Académie française. A l’époque, cela signifie « obliger quelqu'un à faire quelque démarche inutile pour avoir lieu de se moquer de lui »3. Il faut bien avouer que les "poissons d’avril" qui ont fleuri sur les réseaux sociaux en cette année 2020, n’ont plus grand-chose à voir avec cette définition !

Poissons d’avril d’autrefois

Le 4 avril 1908, le progrès du Morbihan proposait un florilège de ces poissons d’avril qui n’avaient déjà plus cours :

« Chaque corporation avait son poisson d’Avril :

Les tisserands invitaient leurs apprentis à aller chercher un échantillon de la fameuse toile sans chaine ni trame ; les lampistes demandaient à leurs commis de l’huile de cotret*, et les couturières, modistes et tailleuses ne se faisaient pas faute de demander à leurs « arpètes » de se procurer un bon moule à aiguilles.

BNF, gallica, M. Toussaint

Les matelots de l’ancienne marine à voile n’eussent manqué pour rien au monde d’adresser ce jour-là, un novice ou un mousse peu dégourdi pour demander au commandant de leur bâtiment pour réclamer de son obligeance la corde à virer le vent. Durant ce même jour, les jardiniers conseillaient à ceux qui voulaient réussir dans la vie, de se procurer une goutte de rosée de midi, à moins qu’ils ne réussissent à découvrir le fameux bâton d’un

Gallica BNF

seul bout, dont la vertu magique est comparable à celle de de la baguette de

Fortunatus.

Faut-il encore citer la recherche de la presse à velours, imposée aux commis de la nouveauté ; de la scie à mastic dont les peintres-vitriers éprouvaient tous ce jour-là le besoin urgent de se servir ; de l’esprit en bouteille, dont on conseillait l’usage aux sots ; du fusil cintré pour tirer dans les coins, dont les chasseurs expérimentés révélaient l’existence aux novices ; de tant d’autres objets bizarres auxquels il faut apparenter la machine à faire … bayer les coquecigrues, dont parle quelque part maître François Rabelais, de joyeuse mémoire !

Il fallait bien s’amuser

Toutes ces recherches saugrenues s’agrémentaient d’incidents bizarres, de courses prolongées, d’interminables stations pendant lesquelles on faisait cent fois pour une, répéter sa demande au pauvre mystifié, afin de jouir longuement de sa naïveté et aussi de sa confusion quand enfin on lui révélait la vérité ridicule.

La coutume a disparu de ces plaisanteries au gros sel. On n’envoie plus les conscrits du régiment chercher la pierre à attendrir la viande, laquelle se trouvait toujours dans une autre caserne sous forme d’un énorme pavé, extrêmement lourd, dont précisément on n’avait plus besoin lorsque les commissionnaires arrivaient à destination, et que conséquemment, on les envoyaient rapporter là où ils l’avaient pris.

On ne leur conseille plus d’aller chercher quand ils veulent sortir, la clef du champ de manœuvres. Mais on a remplacé ces grosses plaisanteries par des envois de cartes postales spéciales, bien peu spirituelles le plus souvent, et quelquefois même d’une révoltante grossièreté.

 

Sait-on cependant que ces promenades burlesques ont eu une origine sacrée ?

On sait que pour ridiculiser le Christ, les Pharisiens le renvoyèrent d’Anne à Caïphe , de Caïphe à Hérode, d’Hérode à Pilate, sous les injures et les coups. C’est pour commémorer cette suppliciante promenade, que les Chrétiens des premiers âges – dont le poisson était l’emblème – se faisaient don mutuellement au moment de la Pâque de petits poissons de pâte ou de métal. La Pâque chrétienne tombant presque toujours en avril, la coutume fut vite prise de donner à ces menus cadeaux le nom de poisson d’avril qui leur est resté."

Le Progrès du Morbihan, 4 avril 1908

* huile de cotret : expression argotique qui signifie « coups de bâton ».

Publié dans fêtes calendaires

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