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23 articles avec la grande guerre

21 octobre 1919, l'Adieu à Anastasie ...

Publié le par Marylis Costevec

Un article de l’Ouest Maritime annonce la mort d’Anastasie,  explique sa raison d’être et la façon dont elle était perçue par le journal et ses lecteurs.

Mais qui était Anastasie ?

 

  L'Adieu à Anastasie  

 

André Gill, L'éclipse , journal hebdomadaire, 1874, source : BNF, gallica

 

Le 21 octobre 1919, L’OUEST MARITIME annonçait avec satisfaction la mort d’ANASTASIE,  près d’un an après la capitulation allemande  et quatre mois après le traité de Versailles.

Le règne de la censure mise en place dès les premiers jours d’août 1914 pour « empêcher  toute indiscrétion militaire» s’achevait avec la fin officielle de l’état de siège au soulagement du journal  et de ses lecteurs.

Qui feuillette la presse de la période est habitué à ces carrés blancs qui apparaissent régulièrement dans les colonnes, carrés blancs qui ne manquaient pas d’interpeler  et d’inquiéter les  lecteurs de l’époque, constituant même une « attraction du journal » :

 

Le public, intrigué, nous arrivait chuchotant à mi-voix ; « Qu’est-ce que c’est ? Il se passe quelque chose ? Cela doit être bien grave ? … Dites- le moi dans le tuyau de l’oreille, je ne le répéterai à personne. »

On répondait par une échappatoire et le pseudo secret aussitôt répandu par le « discret solliciteur, avait fait en moins d’une heure, passant de bouche en bouche, le tour de la ville et même de ses plus lointains faubourgs.

l'Ouest Maritime, archives 56

Le journal admet cependant n’avoir pas trop eu à se plaindre des « délégués  aux ciseaux officiels" qui délivraient le précieux visa.  " Ils se sont toujours montrés courtois " malgré quelques blanchiments  assez fréquents.

Il se souvient tout de même de ce 23 mars 1918 où le chef de la censure militaire avait fait saisir tous les numéros du journal qui relatait le bombardement de Paris par la grosse Bertha.

Mais qui tenait les ciseaux ?

La censure militaire devant laquelle il fallut se présenter du 2 août 1914 au 18 octobre 1919 était personnifiée par un capitaine de frégate (nom illisible) puis par un commandant d’infanterie coloniale (nom illisible aussi !) remplacé par le lieutenant de cavalerie de Geslas de Lespéroux à qui succédèrent deux capitaines de frégate.

La censure civile ne fonctionna que jusqu’au 1er août  1917. Elle était exercée par le sous-préfet et « incidemment, par M. Labes, adjoint au maire de Lorient".

L’article se termine par un cri de soulagement :

 C’est «  Le capitaine de frégate Le Coïc, qui, déposant des ciseaux sur l’autel de la paix reconquise, nous a rendu, définitivement, la clef des champs. »

Définitivement ? Vraiment ?

Publié dans La Grande guerre

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L'accueil des poilus en gare de Lorient ...

Publié le par Marylis Costevec

  Le retour des poilus 

 

 

C’est à la fin du mois de janvier 1919 qu’arrivent en gare de Lorient de gros contingents de soldats démobilisés. L’accueil se fait de plus en plus chaleureux au fil de jours :

Voilà plus d’une semaine qu’il ne se passe pas de jour qu’il ne nous arrive en gare des détachements de soldats du front (…) ramenés à leurs dépôts lorientais pour y être déshabillés et démobilisés.

À chaque fois, notre excellente musique du 62ème sous la direction de son dévoué chef, M. le tambour-major Jollois, s’en va les prendre à la gare, d’où ils sont dirigés en général sur la caserne Bisson.

Les sympathies se manifestent à chaque fois plus chaleureuses à chacune de ces arrivées, et les ovations que recueillent nos poilus de la Grande Guerre enfin rendus à leur foyer vont toujours crescendo… et à très juste titre.

Aujourd’hui, nous est arrivé un nouveau détachement du 88ème territorial. Il a été reçu avec le même cérémonial. Mais il a semblé à beaucoup de bons esprits, inspirés du plus pur sentiment patriotique, que ce n’est pas encore de cette façon, vraiment trop discrète et effacée, que l’on devrait recevoir nos vainqueurs.

À la vérité, l’on commence à dresser sur le parcours de nos « victorieux » des mâts de fête auxquels sont hérissés des drapeaux et des oriflammes tricolores.

Mais ce ne sont là que des témoignages muets, abstraits. Ne pourrait-on les rendre plus concrets, plus « saute aux yeux » en convoquant (…) nos sociétés de tir, notre jeunesse des écoles (…) qui, jointes à des piquets de troupes en armes rendraient les honneurs à tous ces braves gens qui (…) s’en retournent à la vie civile dans laquelle au moins momentanément, beaucoup appréhendent de ne plus retrouver la situation qu’ils occupaient au moment où la mobilisation les a appelés aux frontières.

Le nouvelliste du Morbihan, 1er février 1919

L'accueil des poilus en gare de Lorient ...

Publié dans La Grande guerre

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Il y a 100 ans, le retour des pêcheurs ...

Publié le par Marylis Costevec

Les « vieilles classes » sont démobilisées et les pêcheurs reprennent la mer.

A Locmiquélic où 600 pêcheurs avaient  été recensés en 1911, l’activité reprend à Sainte-Catherine et à Pen Mané. Les pluies diluviennes et les tempêtes  des premiers jours de 1919 ne les découragent pas.

Le poisson, qui était devenu rare, réapparaît sur les marchés de Port-Louis et  Lorient où il se vend toujours très cher.

Un petit tour au marché du samedi 6 janvier 1919 :

« L’année nouvelle nous est arrivée sous forme d’averses diluviennes [ …]
Et pourtant, malgré le vent qui souffle en tempête et qui nous chasse au visage des bourrasques glaciales, il y a un peu de monde au marché. […]
Aux halles, malgré la tempête, pas mal de poisson : il faut dire aussi que le nombre du personnel pêcheur et des bateaux de pêche s’est accru sensiblement, par suite de la démobilisation des vieilles classes et de la cessation des hostilités.
Malgré tout, les prix restent très élevés :
une poule de mer, 8 francs,
un merlan moyen, 10 sous,
un fouet de congre de 2 à 3 francs,
un lieu de 20 à 30 sous,
une toute petite targe, 5 sous,
un turbotin, 3 francs,
un chinchard, de 12 à 18 sous,
un ratillon, de 25 à 30 sous.
[…] »

Le nouvelliste du Morbihan, 6 janvier 1919

L’occasion de remarquer que les poissons se vendaient généralement à la pièce plutôt qu’au poids et  de retrouver des appellations que l’on n’entend plus guère !

Mais qu’est-ce donc qu’une targe ????  A Locmiquélic, les vieux Minahouets vous diront que c’est un plie … (ou  un carrelet), ce poisson plat à pois orange, généralement bon marché, que vous voyez  toujours chez le poissonnier.  Si vous n’en avez jamais mangé, nous vous conseillons de découvrir son goût iodé. Attention à le choisir très, très frais (Vous pouvez demander qu’on vous lève les filets !)

Par Arnstein Rønning — Travail personnel, CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=15063287

 

 

Il n’est, par contre,  pas du tout sûr que l’on sache encore ce qu’est le ratillon qui était beaucoup pêché au début du XXème siècle !

Renseignements pris, il s’agit d’une petite raie de la taille d'une main ! En voyez-vous parfois ? Etonnamment, vous trouvez des recettes sur le net. Le terme est donc encore employé dans certaines régions.

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Le 11 novembre 1918

Publié le par Marylis Costevec

 ça s'est passé comment 

 à Locmiquélic ? 

Les témoignages que nous avons pu lire ici et là et la lecture de la presse du jour, nous permettent de reconstituer l’ambiance qui devait régner à Locmiquélic  en  cette journée si particulière, «une journée d’automne splendide, une des plus belles de l’été de Saint-Martin»1.

L'attente

On savait que les pourparlers allaient  aboutir.

Depuis la mi-octobre, on savait que la fin de la guerre était proche : on l’avait lu dans le journal et les pronostics allaient bon train après la capitulation des alliés de l’Allemagne.

Quand celle-ci allait-elle enfin demander la paix ?

Monument édifié à la Flamengrie (Aisne) à l'endroit où fut demandé l'armistice le 7 novembre 1918.

C’est dans le journal du 10 novembre qu’on a pu lire la bonne nouvelle :

le jeudi 7 à 10 heures du soir, les « Boches » ont présenté le drapeau blanc.

On a appris l’arrivée des délégués allemands au quartier général du Maréchal Foch le vendredi matin. On sait que les conditions imposées par les alliés leur ont été remises et qu’ils disposent de 72 heures pour y répondre…

Alors, partout, on attend. On attend, confiant et anxieux à la fois.

BNF- gallica : le wagon où fut signé l'armistice exposé dans la cour des Invalides, le 29 avril 1921

L'annonce

Ce lundi 11 novembre, dès le matin, au moins à Lorient, le bruit court : l’Allemagne a  signé  « sa propre capitulation». Mais l’annonce officielle du cessez-le-feu, ce cessez-le-feu  qui devait être effectif à 11 heures précises n’arrivera pas avant l’heure dite.

Et c’est à 11 heures précises, que le vice-amiral Aubry autorise la publication de l’armistice. A Lorient, on ne tarde pas à pavoiser, « les couleurs françaises et alliées flottent allègrement à toutes les fenêtres, et jusqu’aux plus humbles mansardes. ».

Pourtant, ce n’est qu’à midi que tous les maires du département reçoivent la dépêche tant espérée :

« Armistice conclu ce matin, hostilités cessent à partir de onze heures. Veuillez annoncer la nouvelle, faire sonner les cloches et pavoiser en l’honneur de la Victoire de la France et de ses alliés. »

La liesse

Il est probable que les Locmiquélicains ont entendu sonner l’angélus avant « l’alléluia du triomphe » à l’église Saint-Michel mais les avions des vainqueurs qui survolaient la ville en fin de matinée ne laissaient pas planer le doute.

Et qui sait ? Les vents ont peut-être porté plus vite le son des cloches de l’église Saint-Louis jusqu’à la rive gauche. Il est en tout cas certain que les 21 coups du canon de la Tourmente «répétés successivement par tous les navires de la rade, français et alliés, et que leurs sirènes,  se mêlant à celles des navires de commerce (…) amarrés dans l’avant-port et le bassin à flot [se joignant] à celle des grandes usines » ont été entendus et accueillis ici avec la plus grande émotion.

« Achiw an taol ! Ça  y est ! ça y est ! » semble être le leitmotiv prononcé partout, au front comme à l’arrière, sur les lettres des poilus ou de leurs familles « le cri unique, unanime, lancé à plein poumon par tous » qui témoigne du soulagement général après  52 mois d’angoisse, de larmes et de privations.

La victoire en chantant (BNF, gallica, La baïonnette, 3 octobre 1918)

On a agité les drapeaux français et américains... et on a remercié le ciel et les poilus.

Comme partout, on s’est embrassé. Les larmes ont coulé sur des visages heureux ! La guerre était finie !!!

 On pensait à tous ceux qui étaient tombés, aux veuves, aux orphelins mais on respirait… enfin !

 1 - (Union Morbihannaise 24 nov)

Sources : Le nouvelliste du Morbihan, 10 et 12 novembre 2018.

Publié dans La Grande guerre

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Une rentrée scolaire très tardive en 1918

Publié le par Marylis Costevec

(BNF, gallica, la Baïonnette, 14 nov 1918)

(BNF, gallica, la Baïonnette, 14 nov 1918)

Si LE PETIT PARISIEN du 1er octobre 1918, pouvait titrer « Les écoliers réintègrent les classes » et «  L'administration de l'instruction publique [estimer] que, pour la première fois depuis trois ans, la rentrée scolaire [s'annonçait] comme à peu près normale … », ce n’était pas vraiment le cas en Morbihan où le préfet avait été contraint de repousser la rentrée à 2 reprises.

Fin septembre 1918, on repère dans les journaux quelques entrefilets où les écoles annoncent le report de la rentrée au 14 octobre. L’épidémie de grippe frappe sévèrement le département et même si on note un petit fléchissement, il est toujours jugé prudent d’éviter les rassemblements pour limiter la contagion.

Le 13 octobre 1918, on lit dans le NOUVELLISTE DU MORBIHAN que, bien que l’épidémie ne soit pas plus intense,  la rentrée n’aurait pas lieu avant le 4 novembre au plus tôt dans le Morbihan et l’Ille et Vilaine et le Finistère.

Enfin, le 3 novembre, on apprend que la préfecture du Morbihan, considérant que "l’épidémie de grippe est en voie de décroissance", a fixé la rentrée des classes au lundi 4 novembre, sauf en ce qui concerne quelques communes. 

Parmi le 24 communes concernées,  on trouve Riantec, Nostang et Kervignac.  Alors, les petits Minahouets ont-ils pu se présenter à l’école ? Probablement ! même si la section de Locmiquélic n’avait pas encore obtenu son indépendance et faisait toujours partie de la commune de Riantec mais rien ne nous permet de l’assurer.

En tout état de cause, ceux qui sont rentrés dans la cour de l’école, à cette date ou plus tard, ont été l’objet d’un examen attentif car  « pour tenir compte d’une situation sanitaire qui [commandait] encore de sérieuses précautions »,  différentes mesures avaient été préconisées par le conseil départemental d’hygiène :

« -Les maîtres exercent une surveillance assidue sur les écoliers et n’admettent, chaque matin, que ceux qui paraissent indemnes de toute indisposition.

- Les enfants appartenant à une famille dont un membre est atteint de grippe s’abstiennent de venir à l’école.

- Le nombre de sortie dans la cour de l’école sont augmentées pour permettre d’aérer fréquemment les salles d’étude.

- un chauffage entretenant une douce température doit être assuré partout.

- Les maîtres qui constateraient une diminution de la fréquentation scolaire causée par la grippe devront en aviser immédiatement la municipalité qui en saisira le préfet.

- il est demandé aux directeurs d’internat d’exiger, des élèves rentrants, un certificat médical constatant qu’ils ne sont pas atteints de la grippe et qu’il n’y a, dans leur famille, aucun cas contagieux. »

l'UNION MORBIHANNAISE du 10 novembre 1918.

Publié dans La Grande guerre

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Souvenirs de permissions ...

Publié le par Marylis Costevec

Vous ne vous êtes sans doute jamais demandé quelle était l'importance de la baisse de natalité pendant la grande guerre.

Nous avons, quant à nous été un peu surpris par le nombre de bébés mis au monde à Locmiquélic pendant cette période, compte-tenu de l'absence des hommes et surtout des circonstances qui n'incitaient guère à procréer.

Si en 1913 et 1914, 84 et 85 enfants ont vu le jour dans notre commune, il n'y en a eu que 62 en 1915, 42 en 1916, 64 en 1917 et 62 en 1918. Le nombre de naissances remonte à 88 en 1919 avant le pic de 1920 (112 naissances) qui s'explique aisément.

Ces enfants de la guerre ont certainement été conçus pour la plupart pendant les permissions de soldats et il est fort probable que ces naissances, relativement nombreuses malgré tout, n'étaient guère désirées.

Nous ne disposons, hélas, pas de témoignages directs mais nous pouvons nous  faire une idée des sentiments éprouvés grâce aux courriers écrits par Louis Lahoreau à sa femme, courriers qui nous éclairent aussi sur la contraception à cette époque.

Après le départ de son mari, en septembre 1918,  Maria attend vainement le débarquement des "anglais"* comme elle dit et, dans une lettre qui émeut beaucoup son époux, elle lui reproche vivement d'avoir fait "du beau travail". Elle considère donc qu'il est le seul responsable de son état et lui fait remarquer que "ce n'est pas [lui] qui en subira les conséquences".

Le poilu en est tout "surpris", retourné, "chiffonné" et jure "qu'il n'a rien fait pour cela", qu'à l'avenir, il n'agira pas "à la légère" et que si cela se reproduit ce sera "involontaire et encore après beaucoup de précautions"...

Il semblerait bien que Maria ait évoqué un avortement possible et Louis s'y oppose fermement  dans sa lettre du 29 septembre :
 

Ce petit viendra peut-être au monde plus tôt qu’il ne serait venu si nous avions attendu la fin de la guerre. Il n’y a pas plus de ma faute que de la tienne. C’est la destinée qui l’a voulu. Tu seras bien gentille de faire attention de façon qu’il n’arrive rien. Tu t’exposerais déjà à altérer ta santé et puis tu perdrais mon estime. Si je savais que tu essayais de le faire couler ce qui est fait il ne faut pas le défaire. Avis aux amateurs de prendre des précautions pour éviter ces ennuis. Cet enfant sera à nous deux. Par conséquent, ce n’est pas un déshonneur, au contraire. Tandis qu’une femme qui fait couler un embryon ou un fœtus, c’est le commencement du crime et si malheureusement plus tard, il nous arrivait de perdre nos enfants et de ne plus en avoir, nous n’aurons rien à nous reprocher.

Un-poilu-sans-histoire.over-blog.com

(voir les  lettres précédentes en cliquant sur les liens ci-dessous)*

Avec ces courriers, nous entrons dans l'intimité de nos ancêtres et les plus jeunes se rendront peut-être compte de ce qui a été obtenu par leurs parents et du déplacement de la responsabilité dans le couple en manière de contraception entre autrefois et maintenant.

 

* les règles, en référence à la couleur de l'uniforme des britanniques.

* Merci à Jean-Louis Letellier de nous faire partager le quotidien de ce poilu.

Publié dans La Grande guerre

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A propos de la bataille d'Amiens

Publié le par Marylis Costevec

On parle beaucoup aujourd'hui dans les médias des commémorations de la bataille d'Amiens. Curieusement, on parle plus de la présence ou de l'absence des personnalités françaises ou britanniques que des faits eux-mêmes qui ont pourtant été décisifs quant à l'issue du conflit.

Que sait-on aujourd'hui du rôle joué par l'armée britannique dans cette victoire ?

Nos hommes politiques en ont-ils vraiment conscience ?

Qu'en savait-on à l'époque à Locmiquélic et dans ses environs ?

La presse locale nous renseigne :

Dans son édition du 10 août, le Nouvelliste du Morbihan publie les  communiqués officiels. Parmi ceux-ci le communiqué  britannique du 8 août est le plus précis :

 

" Les opérations commencées ce matin, sur le front d’Amiens par la 1ère armée française, sous le commandement du général Deberney et la 4ème armée anglaise sous les ordres du général Sir Henry Rawlinson, se développent favorablement.

Les troupes alliées avaient été massées à la faveur de la nuit, à l’insu de l’ennemi.

A l’heure fixée pour l’assaut, les divisions françaises, canadiennes, australiennes et anglaises, soutenues par un grand nombre de tanks britanniques, se sont élancées vers les positions allemandes sur un front de plus de vingt milles (…)

un tank anglais dans les Flandres -agence Rol- (source : BNF-gallica)

 

L’ennemi a été surpris et sur tous les points les alliés ont fait des progrès rapides.

De bonne heure tous nos objectifs avaient été atteints sur l’ensemble du front d’attaque.

Pendant la matinée, l’avance de l’infanterie alliée s’est poursuivie, vivement soutenue par la cavalerie britannique, les tanks légers et les batteries d’auto-mitrailleuses.

 

source : delcampe

 

En certains points, la résistance des divisions allemandes a été brisée après de vifs combats. Nos troupes ont fait de nombreux prisonniers et capturé des canons.

Au nord de la Somme, la plupart des objectifs ont été atteints avant midi, mais aux environs de de Chopilly et au Sud de Morlancourt, des détachements  ennemis ont opposé une résistance prolongée. Dans ces deux endroits de durs combats ont été livrés. Mais finalement nos troupes ont surmonté la résistance de l’infanterie allemande et ont atteint leurs objectifs.

Au sud de la Somme, grâce à la bravoure de l’infanterie alliée, à l’élan et à la vigueur de ses attaques, nos avons atteint dans l’après-midi sur les points principaux de tout le front de bataille, les derniers objectitfs fixés pour la journée.

Appuyés par nos tanks légers et nos auto blindées, notre cavalerie a dépassé l’infanterie et s’est portée au-delà de nos objectifs, bousculant les convois allemands en retraite, s’emparant de plusieurs villages et faisant de nombreux prisonniers.

(…)

Il est impossible à l’heure actuelle d’évaluer le nombre de prisonniers et de canons et l’importance du matériel capturé, mais on signale déjà que plusieurs milliers d’ennemis et un grand nombre de canons sont tombés entre nos mains."

En page 2 du journal, sous la rubrique dernière heure, le grand titre montre l'espoir suscité par ces premiers succès :

"Les alliés marchent à  la victoire

________________

Plus de 14000 prisonniers et 120 canons."

L'article reproduit le communiqué britannique qui détaille les opérations et l'avancée des troupes ainsi que le recul des ennemis.

source : BNF gallica

Le 11 août,

le communiqué britannique parle de 17 000 prisonniers et de 200 à 300 canons.

Le journal reproduit aussi le communiqué allemand :

"Le communiqué allemand avoue l’échec infligé aux troupes impériales par les armées alliées à l’est d’Amiens dans les termes suivants :

«  Entre l’Ancre et l’Arve, l’ennemi a attaqué hier avec des forces importantes. Il a, à la faveur d’un épais brouillard, pénétré avec ses chars d’assaut dans nos lignes d’infanterie et d’artillerie.

Au nord de la Somme nous avons dans la contre-attaque rejeté l’ennemi de nos positions.

Entre Somme et Avre nos contre-attaques ont arrêté l’assaut ennemi immédiatement à l’est de la ligne Morlancout-Harbonnières-Caix-Fresnoy-Contoire. Nous avons subi des pertes en prisonniers et en canons.

Parmi les prisonniers que nous avons faits nous avons identifié des Anglais, des Australiens et des Canadiens du corps expéditionnaire ainsi que des Français. »

 

Le 13 août

Le journal titre :

La victoire des alliés

40 000 prisonniers, 700 canons

 

On peut aussi lire les communiqués officiels des  états-majors français et britannique qui soulignent le rôle joué par l'aviation :

communiqué français :

L’aviation  française a, hier encore, participé à la bataille en liaison intime avec l’infanterie, talonnant l’avance réalisée par nos fantassins en harcelant l’ennemi à la bombe et à la mitrailleuse.

Malgré des conditions atmosphériques peu favorables, nos escadrilles ont livré de nombreux combats au cours desquels quatorze avions allemands ont été abattus ou sont tombés désemparés  et neuf ballons captifs  incendiés.

Nos formations de bombardement de jour ont lancé plus de vingt-trois tonnes de projectiles sur les troupes et les rassemblements de la vallée de l’Avre  et de la zone de bataille ainsi que sur les gares de l’arrière-front. Notre aviation de bombardement de nuit a, elle aussi jeté près de dix-sept tonnes sur les gares de Ham, Nesle, Hombleux e*et sur de nombreux bivouacs provoquant des incendies et des explosions. »

Avion de bombardement Caproni : [photographie de presse] / [Agence Rol]

Communiqué anglais :

Au cours des combats du 10 août, trente-neuf appareils ennemis ont été abattus et vint-deux forcés d’atterrir désemparés.

Vingt-trois des nôtres ne sont pas rentrés (…)

Nous avons lancé trente-huit tonnes et demie de bombes dans la journée sur différents objectifs et dix-huit tonnes et demie au cours de la nuit suivante.

Le 10 août , l’intervention de notre aviation dans la zone  de la bataille a continué sans interruption et de nombreux combats ont eu lieu avec les aéroplanes allemands. Nos ballons ont suivi de près l’avance de l’infanterie et ont fait d’utiles observations pendant la journée. »

 

 

Bilan humain :  côté allemand 40 000 soldats allemands tués et 33 000 prisonniers ; les pertes françaises et britanniques s'élèvent à 46 000 soldats.*

La bataille d'Amiens est le début d'une série de victoires qu'on appellera plus tard « l'offensive des Cent-Jours ». Celle-ci mènera à la victoire des alliés et à l'armistice du 11 novembre 1918. 

 

*(source : https://www.retronews.fr/conflits-et-relations-internationales/echo-de-presse/2018/08/07/aout-1918-la-bataille-d-amiens)

 

 

 

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Que se passait-il, il y a 100 ans à Locmiquélic ?

Publié le par Marylis Costevec

Fin juin 1918 ........

On commençait à tousser

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C’est à la fin du mois de juin 1918 que la région lorientaise commence à être touchée par l’épidémie de « grippe espagnole », une maladie vraisemblablement importée par les soldats américains et qui fera des ravages dans toute l’Europe.

 

Le Nouvelliste du Morbihan en fait état dans son édition du 10 juillet :

« Depuis une quinzaine de jours environ nous avons reçu de nombreuses informations  sur une étrange épidémie, qui n’est ni l’influenza, ni la typhoïde, ni même la fièvre des tranchées, bien qu’elle présente des symptômes communs à ces trois maladies.

Nombre de nos concitoyens en sont ou en ont été atteints. Nous ne croyons pas cependant que cette nouvelle maladie ait produit des victimes. En tous cas, elle est déjà baptisée « grippe espagnole ». Pourquoi ? Nous n’en savons rien et ce sera à nos éminents docteurs  en médecine de nous  renseigner sur ce point »

Locmiquélic n’échappe pas à la contamination. L’étude des registres d’état-civil montre en effet une mortalité anormalement élevée  dès le mois de juillet et ce jusqu’en mars 1919.

Le 9 août, on apprend que la maladie peut provoquer des pneumonies et on peut lire les conseils du docteur Horace Bianchon  pour éviter d’attraper le mal :

« On se défend de la grippe par les soins du nez et de la gorge, en s’abstenant de voir les malades, d’assister à de nombreuses réunions. On diminue les risques de pneumonie en se soignant sérieusement dès le début et aussi longtemps que possible. »

Les commerçants ne perdent pas le Nord : pour soigner la grippe, rien de tel qu’un bon grog ! Le 15 septembre, on remarque deux publicités :

« CONTRE LA GRIPPE : FINE BRETONNE, grande marque eau-de-vie de cidre … En vente partout »

« CONTRE LA GRIPPE : RHUMS ST Lucie, Tomsk, Dacci Darlington (54 degrés) etc. CADIC LEDELLIOU, rue Victor Massé Lorient Plouay Rue aux moutons Quimperlé, place St Michel ».

Le 3 octobre, un petit encart donne la posologie:

« Evitez la grippe en prenant matin et soir un verre de vieux RHUM ROBINSON » !

Est-ce que les marins ont droit à ces remèdes traditionnels ? Le journal ne le dit pas mais il informe que ceux-ci paient un lourd tribut :

« La grippe sévit dans les troupes de la marine où elle a fait depuis huit jours de nombreuses victimes. Les broncho-pneumonies grippales massives, presque foudroyantes, tuent malheureusement un assez grand nombre de jeunes marins.

(…) La population civile est à peu près à l’abri de la contagion jusqu’à ce jour. Les cas sont peu nombreux et les décès très rares en ville. (…) »

L’article donne de nouveaux conseils qui nous permettent d’avoir une idée des remèdes préconisés  à l’époque :

« (…) Lorsque l’on se sent pris de fièvre, de douleurs de tête, de reins, mal

de gorge, courbatures et frissons, il faut aussitôt se mettre au lit, bien se couvrir, prendre un peu de quinine, des boissons chaudes et surtout appeler son médecin.

Un point de côté, de l’oppression, une haute température indiquent une complication toujours grave.  (…)

On peut tenter d’aseptiser les fosses nasales et la bouche des malades et des personnes de l’entourage avec de l’huile goménolée au 1/10e et des inhalations ou gargarismes antiseptiques faibles. De l’air, une bonne alimentation et une propreté extrême sont de rigueur pour l’entourage des malades. (…) »

Rémi Chaudré qui a étudié en détail l’épidémie en Morbihan pense qu’au moins les deux tiers de la population du département auraient pu être touchés par la maladie.

Sur le monument aux morts de la commune de Locmiquélic figurent le nom de Rodolphe Allain décédé à Brest de suites de grippe le 18 février 1919, celui de Gustave Marie Quéré décédé de la grippe à Bordeaux le 30 août 1918, celui de Joseph Gahinet mort de broncho-pneumonie à Salonique le 9 septembre 1918, celui de Joseph Lemaire décédé à Bordeaux  le 23 octobre 1918 des suites de pneumonie …….

 

 

Et chez vos ancêtres ? La mémoire familiale a-t-elle conservé le souvenir de cet épisode de la Grande Guerre ? Racontez–nous !

 

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le 1er mai 1918 -----------------

On voit brûler

l'église de Port-Louis ...

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Ce 1er mai 1918, comme tous les soirs à 9 heures, on entend sonner le couvre-feu à l’église de Port-Louis ! Mais à 10 h15, c’est le sinistre son du tocsin qui résonne, faisant sortir les habitants des environs. Le feu a pris dans la sacristie de l’église de Port-Louis ! Le sacristain est remonté dans le clocher malgré la fumée pour alerter la population qui accourt pour prêter la main en faisant la chaîne car l’eau manque au centre de la ville. Les pompes de l’hôpital, de la citadelle et celle des pompiers ne suffisent pas.

« Les flammes lèchent de tous côtés les murs ; les plafonds, la toiture entière s’effondrent. Le clocher est atteint.

Le spectacle est à ce moment d’un grandiose tragique. Les flammes, libres de toutes entraves s’élèvent à une hauteur vertigineuse, éclairant toute la région de leur lueur rougeâtre. Elles s’échappent par les auvents du clocher. 

Soudain, un bruit sinistre domine toutes les rumeurs. Il est 11 heures. Ce sont les cloches, les 5 belles cloches qui tombent avec un fracas épouvantable, toutes rougies par le feu, s’écrasant sous le porche, au milieu d’un frisson d’angoisse de la foule …»*

Lorsque la pompe de l'arsenal de Lorient arrive, il est trop tard. Elle contribuera cependant à sauvegarder les maisons voisines.

 

L’église qui avait été construite entre 1657 et 1666 sera reconstruite à partir de 1921 et, seule,  la façade de style Renaissance pseudo-classique sera conservée

  • L’Ouest maritime, 3 mai 1918

 

ooooo

Sardines fraîches

et vie chère.

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Comme vous le savez sûrement, la sardine est un poisson capricieux qui arrive sur nos côtes plus ou moins abondante et plus ou moins tôt dans le courant du printemps.

En 1918, c’est le 1er mai qu’elle a fait son apparition sur les étals des halles de Lorient. Ses fraîches écailles faisaient monter l’eau à la bouche du chroniqueur du Nouvelliste du Morbihan :

 

« A la fraîche, à la sar…dine fraîche … Ce sont des sardines nouvelles : et c’est bien tentant, ces écailles encore toutes nacrées de leurs teintes originales mais dam – à 32 et même 36 sous la douzaine on y regarde à deux fois. Il est vrai que les sardines salées ou pressées ne se vendaient guère au-dessous. »

Tiens donc ! En 1918, on trouve encore de la sardine pressée ?*

Dans les foyers minahouets, on avait sûrement fait provision de sardines salées à la belle saison, bien serrées dans leurs caissettes en bois et on avait été bien contents de les trouver pendant l’hiver. Et ce printemps 1918 où la vie est si chère, on a sans doute préféré vendre les premières sardines pêchées pour se procurer d’autres victuailles !

Et, les retraités qui n’étaient pas au front devaient bien rapporter une petite godaille pour varier les menus. Mais que pouvaient-ils bien rapporter ?

A la poissonnerie, c’est « demi-marée » en ce 1er mai 1918 : « des merlans, de 6 à 15 sous, suivant taille ; des tacots à 8 sous ; une aiguillette menue 15 sous ; une belle jusqu’à 3 francs ; un congre 8 fr. ; une petite vieille 10 sous ; un ratillon* de 15 à 20 sous  un crabe de 8 à 18 sous ; les écrevisses deux tailles 6 et 12 sous les douze. »

Hé oui, « C’est encore, et plus, la vie chère. » et la pénurie de combustibles :

On ne trouve ni bois ni charbon : « En fait de bois, pas de quoi débourrer « la pipe à Thomas ». Et avec ça, on a suspendu la livraison de charbon de terre … »

Reste l’espoir ! 

« Mais … faut pas s’en faire, on en aura, de ça … et du reste. »

En attendant, vive la marmite norvégienne ! Vous ne connaissez pas ? Cliquez ci-dessous.

 

  • Source : le nouvelliste du Morbihan, 2 mai 1918.
  • * Les presses à sardines étaient nombreuses autour de Port-Louis à la fin du XVIIIème siècle et au début du XIXème avant l’apparition des conserveries. Nous y avons consacré un chapitre dans le N° 2 de notre publication : « C’était hier … »
  • ratillon : petite raie de la taille d'une main.

 

 

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le 21 avril, c'était la foire aux cochons sur la muse :

On manquait de pétrole.

Au début de 1918, le pétrole est rationné. Les jours sont courts.  Si cela complique la vie de tous, c'est dramatique pour les femmes qui cousent pour l'armée. Elles ne peuvent plus travailler le soir. Un article du "Nouvelliste" qui nous informe sur la condition féminine pendant la Grande Guerre :

 

"Chronique locale

Sans lumière !

En 1918, le pétrole est rationné, les couturières doivent réduire leur production. Regard sur la condition féminine à l'époque.
lampe à pétrole

Le petit monde continue d’être privé de pétrole. Sans lampes, impossible de travailler le soir. Et les jours sont si courts. Que la vie soit hors de prix, soit. Il faut s’y faire : mais qu’on nous enlève les moyens de la gagner, c’est plus difficile à admettre. Nous continuons à recevoir  des lettres navrantes à propos de cette pénurie de pétrole : « Je suis veuve et j’ai quatre enfants à élever, nous écrit une ouvrière. Alors j’ai pris de l’ouvrage militaire. Il faut que, pour arriver à ne pas mourir de faim, je travaille douze heures par jour. Sans pétrole, je ne travaille que huit heures, ça me fait vingt-quatre sous de moins chaque jour*. Comment faire ? »

Ce cas, hélas, n’est pas isolé. Souhaitons que l’administration fasse l’impossible pour procurer à la population ouvrière la lumière qui lui est indispensable. Peut-être pourrait-on en diminuant un peu l’importation d’essence si souvent gaspillée par les riches, trouver un peu de fret disponible pour le transport du pétrole, qui ne sera jamais gaspillé par les pauvres. »

Les pauvres ouvrières ne peuvent même pas se rabattre sur les bougies, elles aussi rares et hors de prix. Dans le journal du 6 février, on apprend  que :

« La bougie elle-même, bien que de qualité inférieure, atteint des prix élevés et nous avons perdu l’usage de ces bonnes vieilles chandelles de résine, à la vérité bien ternes et fuligineuses, dont se contentaient pourtant les modestes ménages d’autrefois. »

*6 sous pour une heure de travail.  Avec cette somme, elle peut s’acheter un kilo de patates ou une livre d’oignons (Le Nouvelliste du 3 février, rubrique : le marché du samedi)

Il y avait de nombreuses couturières professionnelles à l'époque à Locmiquélic. Elles étaient donc concernées par ces restrictions.

En avez- vous entendu parler ?

 

 

 

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L'hiver est bien là !

Après une année 2017 exceptionnellement sèche et ensoleillée, vous êtes nombreux à déplorer la pluie et le vent qui règnent en maîtres en ce mois de janvier 2018.

Mais quel temps faisait-il ici il y a 100 ans ?

Consultez avec nous le journal* de l'époque :

Amzer brein ha fall amzer

(Temps pourri et mauvais temps)

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publié le 20 janvier 2018

En ce mois de janvier 1918, le temps maussade n’incite pas les pêcheurs à sortir. Les paysans de Plouhinec ou de Riantec ne sont pas nombreux à  emprunter le vapeur pour se rendre au marché de Lorient, que ce soit pour le "petit"marché du mercredi ou le "grand" marché du samedi. Seuls quelques chars à bancs passent de bon matin sur la route entre les Quatre Chemins et Pen Mané. Il est vrai qu’en cette saison, les cultivateurs n’ont pas grand-chose à vendre (tout juste du beurre, des oeufs,  quelques légumes : carottes, oignons, navets et choux ...).

Dans le journal on peut lire :

Mercredi 10 janvier1918 :

4 degrés au-dessous de zéro – le dégel d’avant-hier n’était qu’un trompe l’œil – avec accompagnement de neige, de grésil et de vent du nord, il a regelé cette nuit et plus que jamais, c’est dire si les cultivateurs se sont bien gardés de s’exposer à se casser les reins sur la route glissante pour offrir à nos concitoyens de plutôt maigres denrées …

Samedi 13 janvier 1918 :

Dernier jour de la dernière lune de l’an dernier. Il a dégelé, c’est sûr mais le temps n’en est guère meilleur. – une brume piquante nous tombe du suroît, congestionnant les visages, congelant les pieds, empâtant les routes et chemins d’une épaisse couche de boue. « Amzer brein » comme on dit chez nous …

Mercredi 17 janvier 1918 :

(…) Le vent a soufflé en bourrasque de telle manière que le bateau de Groix n’a pu partir qu’hier soir (…)

Mercredi  24 janvier 1918:

« Il a plu toute la nuit, et bien que le temps se soit singulièrement adouci, les routes étant bourbeuses à merci, peu de paysans ou maraîchers se sont dérangés pour venir nous voir ce matin.

Pour la même raison, les bateaux ne sont pas sortis (...)

Samedi 27 janvier 1918

(…) On est noyé dans le brouillard et la brume qui rendaient glissantes les routes et engorgeaient les poumons les plus aguerris (…)

 

Bref, un temps de saison !

Ceux et celles qui ne travaillent pas à l'arsenal ou à la poudrerie de l'île Saint Michel restent au coin du maigre feu (il faut économiser le bois) en attendant l'éclaircie. Il faut bien s'occuper du cochon*, préparer sa "bailhad". C'est aussi le moment de mettre le cidre en bouteilles (les paysans le livraient en fûts).

On coud, on raccommode, on tricote des bas et des chaussettes en pensant aux poilus qui pataugent dans la gadoue des tranchées ... On lit et relit leurs lettres. On prend la plume pour donner des nouvelles. On guette le facteur ...

Et on espère des jours meilleurs ...

 

* Le Nouvelliste du Morbihan
mauvais temps (côte du Loch à Locmiquélic)
Mauvais temps (côte du Loch à Locmiquélic) en 2018 comme en 1918 !

 

 

En mai 1917,

On avait eu trop chaud

(publié le 3 mai 2017)

 

L'hiver 1916 - 1917 avait été particulièrement froid et on avait manqué de bois et de charbon à cause de la guerre sous-marine.

Les denrées alimentaires de base commençaient aussi à manquer (la farine en particulier mais aussi le beurre et le sucre). Des restrictions étaient imposées.

Le mois d'avril particulièrement chaud et sec n'arrangeait pas la situation et on s'inquiétait pour les récoltes.

Nous  transcrivons l'article publié par le Nouvelliste du Morbihan le 5 mai 1917 :

"A part des pluies incessantes et glaciales au cours des premiers mois de l’année, à part de légères ondées entre le 6 et le 15 avril pas une goutte d’eau n’est venue depuis le 16 avril, rafraîchir la terre. Tout au contraire, la chaleur est caniculaire à certains moments et toutes les récoltes souffrent grandement de cette température véritablement anormale en cette saison. »

Si on craignait pour les pommes, on s'inquiétait surtout pour les pommes de terre qui "ne sortaient pas" ! Ces patates que jeunes et vieux, femmes et enfants avaient mises en terre partout où c'était possible (A Lorient, il y en avait dans les parcs et jardins publics, à la place des remparts, même là où la terre n'était pas très bonne !). *

Les aléas de la météo amplifient les problèmes en période de crise. Et en 1917, il y avait péril en la demeure. C'est dire si on scrutait anxieusement le ciel désespérément bleu !

A Locmiquélic, les murs du couvent prenaient le soleil.

Les propriétaires y cultivaient-ils des pommes de terre ?

Mystère ...

* Le Nouvelliste du Morbihan des 8 et 13 mai 1917

 

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On lisait le journal ...

(publié le 3 mars 2017)

 

Cette affirmation vous paraît peut-être aller de soi. Pourtant lire et écrire était une possibilité qui n’était acquise par tous les gens du peuple que depuis les lois scolaires de 1881 et 1882. La scolarité étant devenue gratuite et obligatoire, l’instruction se généralisa et les filles qui n’en bénéficiaient pas forcément auparavant y eurent enfin accès.

On peut considérer que pendant la Grande Guerre, une fraction relativement importante de la population était encore illettrée : les parents des époux de Locmiquélic ne savent généralement pas signer les actes de mariages encore en 1910. Cependant, dans toute les familles, les plus jeunes étaient en mesure de lire la presse et de rendre compte des informations aux plus âgés.

Le 16 décembre 1914, le Nouvelliste fait paraître une annonce demandant un « crieur pour la vente du Nouvelliste à Pen Mané, Locmiquélic, Riantec. Bon gain assuré ». La diffusion du journal a dû s’accentuer pendant la guerre puisque le 27 octobre 1918, c’est une famille qui est demandée « pour la vente du [journal] à Locmiquélic. Trois francs pour la soirée. » (Le journal, une seule feuille, est vendu 5 centimes. Il faut déjà en vendre 60 pour payer les vendeurs).

Celui du 3 mars 2017 est consultable sur le site des archives départementales*. Il donne surtout des nouvelles de la guerre et fait le point sur ce qui se passe sur tous les fronts (après les coupes effectuées par la censure, les citoyens ne sont probablement pas dupes.). Les infos locales parlent des soldats de la région lorientaise, nous renseignent sur les restrictions, donnent des conseils pour soigner la grippe, les hernies et les maladies de la femme (publicités !).

Pour se distraire ( ?) on peut lire l’épisode du feuilleton intitulé « Le secret du Taube vert, roman de l’avant-guerre et de la guerre européenne» par Claire de Neste. On est aussi invité à participer au pardon de Pont-Scorff qui promet d’être « plus recueilli que naguère. »

Journal de temps de guerre où l’on cherche peut-être fébrilement quelques raisons d’espérer …

 

*http://recherche.archives.morbihan.fr/archive/resultats/presse/n:21?RECH_complement=and&rech_titrepr=le+nouvelliste&rech_annee=1917&rech_mois=mars&type=presse

 

 

En 1916 ...

(publié en janvier 2016)

zones de pêche à pied

Dans les villages qui faisaient toujours partie de la commune de Riantec, on rencontrait surtout des femmes, des enfants et des hommes de plus de 50 ans. Presque tous les autres étaient « sous les drapeaux ». La vie, d’ordinaire difficile, l’était plus encore en raison de l’augmentation des prix.

La pêche aux moules.

Le journal du 8 janvier 1916 rendait compte de l’intervention de Jean-Louis Danic (qui deviendra, 3 ans plus tard, le premier maire de la commune). Au conseil municipal du 12 décembre 1915, il demandait que le préfet maritime lève « la suspension de la pêche des moules » sur le banc de Kervern pour « permettre aux femmes de pêcheurs de gagner quelques sous en ces temps de vie chère »

Appel à témoignages

Nos recherches sur la vie de ce personnage nous ont permis de reconstituer certains aspects de la vie de notre cité avant, pendant et après la Grande Guerre. Il reste beaucoup à faire : la mémoire de vos familles a peut-être conservé des souvenirs de cette époque, des lettres et des vieux papiers, des photos de poilus ou de marins. N’hésitez pas à nous en faire part. Merci à tous ceux qui nous aideront. Laissez-nous vos coordonnées (e-mail ou téléphone ou page facebook). Nous vous rappellerons. (http://leminahouet.free.fr/)

Publié dans La Grande guerre

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Quand ces dames importunaient les hommes ...

Publié le par Marylis Costevec

Prostitution à Lorient et Brest en 1918

La plainte des Chinois

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Il paraît qu'elles pratiquent "le plus vieux métier du monde". Et bien évidemment, c'est dans les ports et les villes de garnison que ces dames s'installent en priorité.

Pendant la Grande Guerre, il y avaient plus de soldats que jamais à Lorient et à Brest. Et bien sûr beaucoup de "filles de joie" leur proposaient leur services.

 

dessin de Henri de Toulouse-Lautrec

 

Il fallut bien un événement exceptionnel tel la plainte des dockers chinois pour que "Le Nouvelliste du Morbihan" du 30 janvier 1918 évoque le sujet sous la rubrique "LORIENT sous les ARMES". Il nous donne ainsi une vision de l'ambiance de l'époque :

 

"LE PÉRIL … DE TOUJOURS

Pour une fois que notre excellent confrère, la Dépêche de Brest nous permet de piller dans ses œuvres et d’appliquer à notre ville le spirituel article que son chroniqueur des « Propos Maritimes » publie dans son numéro d’aujourd’hui :

… On apprend en effet que des travailleurs chinois employés au déchargement des navires au port de commerce de Brest ont adressé à Monsieur Georges Leygues* une requête tendant à ce que leur vertu soit protégée contre les entreprises du sexe. Des femmes ne cessent de les poursuivre de leurs assiduités, paraît-il, et ils en sont effarouchés !

(...)

Hélas ! Ce n’est pas qu’à Brest qu’existe ce fléau. À Lorient il bat son plein et si, chez nos voisins de « Pen er Bet », la tentation malsaine ne sévit que contre les « Fils du Ciel* », il bat son plein actuellement à l’égard des Américains, assaillis de nuit et de jour par des nuées de « quart de mondaines, habituées des cafés où l’on se rencontre, comme aussi de la « poste restante ».

Il y aurait peut-être moyen de mettre un frein à ces honteuses exploitations.

Ça, c’est l’affaire de, de … oui, de qui, en somme ?"

 

*En 1917 Georges Leygues (1857-1933) est ministre de la Marine


*Fils du Ciel : titre que se donnaient les Empereurs chinois. Ils se disent investis d’un mandat Céleste.

 

Plus d'infos sur la question :

Le racolage :

https://www.la-croix.com/Actualite/France/De-la-contravention-au-delit-histoire-de-la-lutte-contre-le-racolage-_NG_-2013-03-27-925810

http://www.france24.com/fr/20141213-sexe-prostitution-xxx-grande-guerre-bordel-militaire-poilus-soldat-putain-bmc-proxenete-syphilis

Publié dans La Grande guerre

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En 1917, à Lorient un Noël comme les autres ?

Publié le par Marylis Costevec

En 1917, à Lorient

un Noël comme les autres ?

 

S'il est difficile de trouver des documents sur l'ambiance à Locmiquélic le jour de Noël et ceux qui précédaient pendant la Grande Guerre, "le Nouvelliste du Morbihan" nous offre une description de celle qui régnait à Lorient.

Bien sûr, la guerre et le sort des poilus était dans tous les esprits mais on s'est manifestement efforcé de garder l'esprit de la fête jusque dans ses débordements !

La pythonisse consultée par Léo Le Bourgo avait annoncé la couleur : cette année, le  Père Noël avait des problèmes de trésorerie à cause des hausses de prix et beaucoup de Lorientais trouveraient leurs sabots vides :

 

"Propos d’un Lorientais

(Léo Le Bourgo)

Je suis allé trouver une pythonisse connaissant l’avenir aussi bien que feue Mme de Thèbes pour lui demander de me communiquer la liste des cadeaux que les Lorientais trouveront ce soir dans leur sabot de Noël. Voici ce qu’elle m’a raconté : il y aura de grandes déceptions au matin du 25 décembre dans votre bonne ville. Les fâcheux effets de la guerre se sont faits sentir jusqu’au paradis. En haut comme ici-bas tout a renchéri, tout est hors de prix. Certes le bonhomme Noël est riche il a dû d’abord penser à ceux qui sont au front et ils sont nombreux ; la part des gens de l’arrière sera largement diminuée par suite des restrictions nécessaires : d’ailleurs, l’exemple pour une fois est venu d’en bas. Depuis la mobilisation on n’a distribué en France ni mérites agricoles ni  palmes académiques. Les enfants ne seront pas oublié mais beaucoup de Lorientais adultes trouveront leurs sabots vides en s’éveillant le 25 décembre …"

 

 Cela n'a pas empêché les Lorientais et les gens des environs d'envahir les rues de Lorient et les allées des Nouvelles Galeries, le grand magasin de la rue des Fontaines, faisant le bonheur des pick-pockets et autres voleurs !  :

La ruie des Fontaines à Lorient au début du siècle. sur la droite de la photo, le grand magasin, les nouvelles galeries (face au tramway)
La rue des fontaines à Lorient (coll. privée)

"Un vol aux Nouvelles Galeries

Les vastes et splendides magasins des Nouvelles Galeries ont reçu pendant les fêtes de Noël la visite de très nombreux acheteurs, en quête de jouets pour les enfants. Il s’est malheureusement trouvé dans cette foule des pick pokets et, si des portemonnaie ont disparu, il y eut aussi de nombreux vols aux divers rayons ce qui a décidé la Direction à faire ouvrir une enquête par la police."

 

 

Malgré le chagrin, malgré l'absence, malgré les privations, on a eu a coeur de faire briller les yeux des enfants :

"Noël est une fête de famille. Hier, les réunions familiales furent certainement moins gaies qu’avant 1914 : la guerre n’a-t-elle pas atteint la plupart des foyers ? Là où la famille était complète, bien des membres manquaient, les uns au front, les autres au rude combat, d’autres glorieusement tombés pour le salut, l’honneur et la victoire inéluctable de la France …

Les petits cependant ont eu la visite du Père Noël. Leurs sabots ont été comme à l’ordinaire garnis de jouets et de friandises et les rires ont fusé !"

Nous apprenons aussi que les Chrétiens saluaient de manière toute particulière l'entrée des alliés à Jérusalem qui avait eu lieu le 9 décembre. Un Te Deum fut chanté dans toutes les églises et les chapelles, à Lorient, bien sûr mais aussi à Locmiquélic :

[Prise de Jérusalem] : [médaille] / [Pierre Roche]

"Cette grande fête célébrée avec solennité dans toute la chrétienté qui commémore en ce jour la Naissance du Christ avait emprunté cette année, un caractère spécial du fait de la prise toute récente de Jérusalem par les armées des alliés. Aussi s’est-elle terminée par un « Te Deum » chanté à l’issue des vêpres dans toutes les églises et chapelles."

La maréchaussée a eu fort  à faire !

Autrefois comme aujourd'hui, la fête ne va pas sans quelques débordements et la police veille :

"Lorient la nuit

Elles ont été nombreuses, les rixes qui se sont produites au cours de la nuit du réveillon sur tous les points de la ville. Les chants couvraient, il faut en convenir, les cris des belligérants mais à part quelques ivrognes et ivrognesses fourrés au violon, rien de grave n’a été signalé."

 

Plutôt que de se battre, la jeunesse se permettait aussi quelques facéties moins goûtées par les responsables et les ateliers municipaux  :

Lorient  vers 1900 : cours de la Bôve, théâtre et statue de Victor Massé.

"La statue de Victor Massé

De facétieux noctambules que l’on croit être des militaires ont (…)mouillé d’une épaisse couche de peinture violette le sommet de la statue de notre illustre compatriote, le musicien Victor Massé. "

 

En 1917, Plus encore qu' en 1914, 1915, 1916, on espère des jours meilleurs :

"À l’an prochain, aimons à le croire, la Noël de la Délivrance et de la Victoire, prélude d’une ère nouvelle, meilleure pour l’humanité !"

Mais cette fois, les voeux seront enfin exaucés !

 

* toutes les citations sont extraites du journal "Le Nouvelliste du Morbihan"

Publié dans La Grande guerre

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