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26 articles avec la grande guerre

le 11 novembre 1920 : Hommage à Marianne et aux poilus.

Publié le par Marylis Costevec

 

Le 11 novembre 1920, Les Minahouets étaient appelés au pied du Monument aux Morts pour la troisième fois en 18 jours.

Ces trois cérémonies n'étaient cependant pas identiques :

Le 24 octobre, on inaugurait le monument et le comité chargé de son érection le remettait solennellement aux Locmiquélicains représentés par le maire, Jules Le Bourdiec et les conseillers municipaux en présence des habitants, des enfants des écoles, et des personnalités civiles et religieuses : député, conseiller général, sous-préfet, le recteur et son vicaire,

Le second hommage, pour la fête des morts, était essentiellement religieux

 

Marianne, au centre de la Croix de guerre, bien visible sur le Monument aux Morts de Locmiquélic.

 

La cérémonie du 11 novembre se voulait avant tout patriotique : c'est d'abord la naissance de la République (la troisième) proclamée 50 ans plus tôt, le 4 novembre 1870, que le peuple était invité à commémorer.

BNF, gallica

La date choisie n'était pas anodine. C'est dans un moment très difficile de l'histoire du pays que la République avait été proclamée,

En 1920, le souvenir de la guerre de 1870 était encore vivace. On n'avait pas oublié que, cette année-là, le 10 juillet, Napoléon III avait déclaré la guerre au royaume de Prusse. On se souvenait aussi de la bataille de Sedan, le 2 septembre, où il avait dû capituler. On se souvenait de ce 4 septembre où les députés avaient prononcé la déchéance de l'empereur et ,proclamé le retour de la  République sous l'impulsion de Léon Gambetta et des Parisiens.

On se rappelait surtout, qu'on avait perdu la guerre, qu'on avait perdu l'Alsace et la Lorraine et qu'on ne l'avait jamais accepté.

"Pourtant là-bas est un point noir

Près de l'Alsace et de sa soeur ;

Oh ! là... Je ne veux plus rien voir :

C'est le terrier du ravisseur."

Ph. Georgeault-Jouan,18901

Ce 11 novembre 1920, on honorait donc avec la République, la mémoire des soldats de 1870 et celle des soldats de 14-18 qui nous avaient rendu l'Alsace et la Lorraine.

Le petit journal (7 nov. 1920), BNF Gallica

Ce jour-là, c'est le coeur de Gambetta, considéré comme "le véritable chef du gouvernement de la Défense nationale en 1870-71" et la dépouille du Soldat Inconnu, "symbole de la reconnaissance française envers 1 500 000 héros morts pendant la Grande Guerre"2 placés côte à côte sous l'Arc de Triomphe que l'on saluait.

Le coeur de Gambetta et le Soldat In connu sous l'arc de triomphe (agence Rol) BNF gallica
Cérémonie du 11 novembre 1920 à Paris (agence Rol) BNF Gallica

La presse locale de l'époque souligne bien le lien entre les deux guerres :

"La fête populaire a été splendide, joignant l'apothéose du patriotisme de 1870-1871 à celui (sic) du patriotisme de 1914-1918, dans l'apothéose générale de la France aimée de tous." (Le Nouvelliste du Morbihan, 13 novembre 1920).

Le coeur de Gambetta fut transporté au Panthéon dans la soirée tandis que le cercueil du Soldat fut installé dans la salle du premier étage transformée en chapelle ardente; en attendant son inhumation sous l'Arc de Triomphe, selon la volonté des associations d'anciens combattants.

CPA - coll. privée

1) La référence à la guerre de 1870 et la question de la Revanche est omniprésente dans l'oeuvre de Philoména Georgeault-Jouan, cette poétesse qui enseigna à Locmiquélic de 1880 à 1919. De nombreux poèmes de son recueil "l'écrin scolaire" destiné aux enfants de 8 à 13 ans en parlent aussi.

Les Locmiquélicains sont certainement impliqués dans cette commémoration. Aujourd'hui, en 2020,  Pierrette Horel (née en 1929) entonne encore des chansons évoquant la perte de l'Alsace et la Lorraine, des chansons que sa mère lui a apprises.

2) Le Nouvelliste du Morbihan, 13 nov 1920

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En 1920, pour la Toussaint, tous les Locmiquélicains unis autour du monument aux Morts ...

Publié le par Marylis Costevec

La cérémonie en l’honneur

des « Enfants de Locmiquélic Morts pour la France »

 

La loi du 25 octobre 1919 stipulait que,  tous les ans, le 1er ou le 2 novembre, une cérémonie serait consacrée dans chaque commune à la mémoire et à la glorification des héros Morts pour la Patrie. Elle devrait être organisée par la municipalité avec le concours des autorités civiles et militaires.

En 1920, cette cérémonie a pu se dérouler au pied du monument qui venait d’être inauguré 8 jours auparavant (le 24 octobre). Le comité chargé de son érection et présidé par Jean-Louis Danic[1] depuis avril 1919 avait « voulu qu’il soit placé à la place d’honneur au milieu de leurs chers morts parce que c’est l’endroit qui impose le plus de respect, le recueillement et la prière… »[2]

N’en doutons pas, ils étaient tous là, en tenue de deuil, les proches des 140 poilus dont les noms figurent sur le monument,  les veuves, les orphelins, les pères et mères, les frères et sœurs, les parents, les amis … regroupés devant l’édifice. Pas une famille n’avait été totalement épargnée.

Ils  avaient, presque tous, suivi les vêpres des morts, serrés dans la chapelle édifiée en 1970, une chapelle trop petite  qui n’avait sans doute pas pu les contenir tous. Ils avaient suivi les drapeaux portés par les anciens combattants, ceux qui étaient revenus et qui pouvaient témoigner des souffrances endurées.

Quelques-uns  avaient pu déposer des fleurs et se recueillir sur les tombes où reposaient ceux qui avaient expiré à Locmiquélic, des suites de leurs blessures ou d’une maladie contractée au service de la Nation.

Pour la plupart, le monument remplaçait la pierre tombale ou le tertre enclos d’une grille de fer forgé pour tous ceux qui n’étaient pas revenus, les marins engloutis avec leur bateau (le LEON GAMBETTA, L’AMIRAL CHARNER, le BOUVET, le  SUFFREN, le CASSINI…), ceux qu’on avait inhumé dans les cimetières du front en Picardie, en Champagne, ou dans l’Est, ceux qui reposaient si loin, en Turquie, en Grèce au Maghreb et ceux, trop nombreux, dont on n’avait pas retrouvé la dépouille, pulvérisée par les bombes ennemies.

coll. privée

Cent ans après, qui s’arrête devant le monument qu’on a fleuri à l’occasion de la Toussaint ?

Ils sont un peu plus nombreux, ceux qui participent aux cérémonies du 11 novembre, le jour dédié à la mémoire des poilus depuis le 24 octobre 1922. C’est un jour férié qui, depuis la loi du 20 février 2012, est devenu celui où l’on rend hommage à tous ceux qui ont donné leur vie pour la France.

Ne l’oublions pas. Ne les oublions pas.

 

[1] Jean-Louis Danic fut élu maire de la nouvelle commune de Locmiquélic le 10 décembre 1919. Il démissionna le 19 janvier 1920 avec tout le conseil municipal. Sa démission réitérée sera acceptée par le préfet en avril 1920. (Le conseil municipal avait été réintégré dans ses fonctions le 6 mars.)

[2] Extrait du discours écrit par Jean-Louis Danic pour l’inauguration du monument.

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L’inauguration du Monument aux morts de Locmiquélic : un évènement fondateur de la commune ?

Publié le par Marylis Costevec

Le monument aux morts de la commune de Locmiquélic a tout juste 100 ans.

Jean-Luc BRUZULIER, docteur en histoire contemporaine, invité par le comité d'Histoire, devait nous expliquer en quoi l'inauguration de ce monument a été un évènement fondateur pour la commune (le 11 novembre 2020 à 16 h 30 dans la salle Artimon), .

Compte tenu de la fermeture de la salle ARTIMON, suite aux mesures anti-COVID19, la conférence est reportée à une date indéterminée. Nous vous tiendrons au courant...

 

Centenaire de l’inauguration

du Monument aux morts de Locmiquélic

 

 

L’inauguration du Monument aux morts de Locmiquélic :

un évènement fondateur de la commune ?

Le 24 octobre 1920, était inauguré en grande pompe le monument aux morts de la commune de Locmiquélic, soit moins de deux ans après la signature de l’armistice et un an après que ce quartier de Riantec ne soit devenu commune autonome. Cet édifice est l’un des 10 premiers à avoir été érigés dans le département.

Comment expliquer la célérité avec laquelle le comité va concevoir, construire leur monument en l’honneur de leurs morts pour la France ?

La conception originale du monument révèle les différentes significations que veulent donner les Minahouets de 1920 à leur mémorial qui n’est cependant pas le seul signe de leur reconnaissance envers le sacrifice des 140 enfants de Locmiquélic qu’ils veulent honorer. Néanmoins, cette histoire n’a pas été exempte de débats révélateurs d’une volonté de la société de sortir de cette longue guerre.

 

Par M. Bruzulier J.-L.

Chercheur associé au centre de recherche en Histoire TEMPORA, Université de Rennes 2

Professeur d’Histoire contemporaine en classe préparatoire

Actuellement travaillant à un ouvrage sur les Monuments aux morts et les politiques mémorielles dans les communes du Morbihan après la première guerre mondiale.

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21 octobre 1919, l'Adieu à Anastasie ...

Publié le par Marylis Costevec

Un article de l’Ouest Maritime annonce la mort d’Anastasie,  explique sa raison d’être et la façon dont elle était perçue par le journal et ses lecteurs.

Mais qui était Anastasie ?

 

  L'Adieu à Anastasie  

 

André Gill, L'éclipse , journal hebdomadaire, 1874, source : BNF, gallica

 

Le 21 octobre 1919, L’OUEST MARITIME annonçait avec satisfaction la mort d’ANASTASIE,  près d’un an après la capitulation allemande  et quatre mois après le traité de Versailles.

Le règne de la censure mise en place dès les premiers jours d’août 1914 pour « empêcher  toute indiscrétion militaire» s’achevait avec la fin officielle de l’état de siège au soulagement du journal  et de ses lecteurs.

Qui feuillette la presse de la période est habitué à ces carrés blancs qui apparaissent régulièrement dans les colonnes, carrés blancs qui ne manquaient pas d’interpeler  et d’inquiéter les  lecteurs de l’époque, constituant même une « attraction du journal » :

 

Le public, intrigué, nous arrivait chuchotant à mi-voix ; « Qu’est-ce que c’est ? Il se passe quelque chose ? Cela doit être bien grave ? … Dites- le moi dans le tuyau de l’oreille, je ne le répéterai à personne. »

On répondait par une échappatoire et le pseudo secret aussitôt répandu par le « discret solliciteur, avait fait en moins d’une heure, passant de bouche en bouche, le tour de la ville et même de ses plus lointains faubourgs.

l'Ouest Maritime, archives 56

Le journal admet cependant n’avoir pas trop eu à se plaindre des « délégués  aux ciseaux officiels" qui délivraient le précieux visa.  " Ils se sont toujours montrés courtois " malgré quelques blanchiments  assez fréquents.

Il se souvient tout de même de ce 23 mars 1918 où le chef de la censure militaire avait fait saisir tous les numéros du journal qui relatait le bombardement de Paris par la grosse Bertha.

Mais qui tenait les ciseaux ?

La censure militaire devant laquelle il fallut se présenter du 2 août 1914 au 18 octobre 1919 était personnifiée par un capitaine de frégate (nom illisible) puis par un commandant d’infanterie coloniale (nom illisible aussi !) remplacé par le lieutenant de cavalerie de Geslas de Lespéroux à qui succédèrent deux capitaines de frégate.

La censure civile ne fonctionna que jusqu’au 1er août  1917. Elle était exercée par le sous-préfet et « incidemment, par M. Labes, adjoint au maire de Lorient".

L’article se termine par un cri de soulagement :

 C’est «  Le capitaine de frégate Le Coïc, qui, déposant des ciseaux sur l’autel de la paix reconquise, nous a rendu, définitivement, la clef des champs. »

Définitivement ? Vraiment ?

Publié dans La Grande guerre

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L'accueil des poilus en gare de Lorient ...

Publié le par Marylis Costevec

  Le retour des poilus 

 

 

C’est à la fin du mois de janvier 1919 qu’arrivent en gare de Lorient de gros contingents de soldats démobilisés. L’accueil se fait de plus en plus chaleureux au fil de jours :

Voilà plus d’une semaine qu’il ne se passe pas de jour qu’il ne nous arrive en gare des détachements de soldats du front (…) ramenés à leurs dépôts lorientais pour y être déshabillés et démobilisés.

À chaque fois, notre excellente musique du 62ème sous la direction de son dévoué chef, M. le tambour-major Jollois, s’en va les prendre à la gare, d’où ils sont dirigés en général sur la caserne Bisson.

Les sympathies se manifestent à chaque fois plus chaleureuses à chacune de ces arrivées, et les ovations que recueillent nos poilus de la Grande Guerre enfin rendus à leur foyer vont toujours crescendo… et à très juste titre.

Aujourd’hui, nous est arrivé un nouveau détachement du 88ème territorial. Il a été reçu avec le même cérémonial. Mais il a semblé à beaucoup de bons esprits, inspirés du plus pur sentiment patriotique, que ce n’est pas encore de cette façon, vraiment trop discrète et effacée, que l’on devrait recevoir nos vainqueurs.

À la vérité, l’on commence à dresser sur le parcours de nos « victorieux » des mâts de fête auxquels sont hérissés des drapeaux et des oriflammes tricolores.

Mais ce ne sont là que des témoignages muets, abstraits. Ne pourrait-on les rendre plus concrets, plus « saute aux yeux » en convoquant (…) nos sociétés de tir, notre jeunesse des écoles (…) qui, jointes à des piquets de troupes en armes rendraient les honneurs à tous ces braves gens qui (…) s’en retournent à la vie civile dans laquelle au moins momentanément, beaucoup appréhendent de ne plus retrouver la situation qu’ils occupaient au moment où la mobilisation les a appelés aux frontières.

Le nouvelliste du Morbihan, 1er février 1919

L'accueil des poilus en gare de Lorient ...

Publié dans La Grande guerre

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Il y a 100 ans, le retour des pêcheurs ...

Publié le par Marylis Costevec

Les « vieilles classes » sont démobilisées et les pêcheurs reprennent la mer.

A Locmiquélic où 600 pêcheurs avaient  été recensés en 1911, l’activité reprend à Sainte-Catherine et à Pen Mané. Les pluies diluviennes et les tempêtes  des premiers jours de 1919 ne les découragent pas.

Le poisson, qui était devenu rare, réapparaît sur les marchés de Port-Louis et  Lorient où il se vend toujours très cher.

Un petit tour au marché du samedi 6 janvier 1919 :

« L’année nouvelle nous est arrivée sous forme d’averses diluviennes [ …]
Et pourtant, malgré le vent qui souffle en tempête et qui nous chasse au visage des bourrasques glaciales, il y a un peu de monde au marché. […]
Aux halles, malgré la tempête, pas mal de poisson : il faut dire aussi que le nombre du personnel pêcheur et des bateaux de pêche s’est accru sensiblement, par suite de la démobilisation des vieilles classes et de la cessation des hostilités.
Malgré tout, les prix restent très élevés :
une poule de mer, 8 francs,
un merlan moyen, 10 sous,
un fouet de congre de 2 à 3 francs,
un lieu de 20 à 30 sous,
une toute petite targe, 5 sous,
un turbotin, 3 francs,
un chinchard, de 12 à 18 sous,
un ratillon, de 25 à 30 sous.
[…] »

Le nouvelliste du Morbihan, 6 janvier 1919

L’occasion de remarquer que les poissons se vendaient généralement à la pièce plutôt qu’au poids et  de retrouver des appellations que l’on n’entend plus guère !

Mais qu’est-ce donc qu’une targe ????  A Locmiquélic, les vieux Minahouets vous diront que c’est un plie … (ou  un carrelet), ce poisson plat à pois orange, généralement bon marché, que vous voyez  toujours chez le poissonnier.  Si vous n’en avez jamais mangé, nous vous conseillons de découvrir son goût iodé. Attention à le choisir très, très frais (Vous pouvez demander qu’on vous lève les filets !)

Par Arnstein Rønning — Travail personnel, CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=15063287

 

 

Il n’est, par contre,  pas du tout sûr que l’on sache encore ce qu’est le ratillon qui était beaucoup pêché au début du XXème siècle !

Renseignements pris, il s’agit d’une petite raie de la taille d'une main ! En voyez-vous parfois ? Etonnamment, vous trouvez des recettes sur le net. Le terme est donc encore employé dans certaines régions.

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Le 11 novembre 1918

Publié le par Marylis Costevec

 ça s'est passé comment 

 à Locmiquélic ? 

Les témoignages que nous avons pu lire ici et là et la lecture de la presse du jour, nous permettent de reconstituer l’ambiance qui devait régner à Locmiquélic  en  cette journée si particulière, «une journée d’automne splendide, une des plus belles de l’été de Saint-Martin»1.

L'attente

On savait que les pourparlers allaient  aboutir.

Depuis la mi-octobre, on savait que la fin de la guerre était proche : on l’avait lu dans le journal et les pronostics allaient bon train après la capitulation des alliés de l’Allemagne.

Quand celle-ci allait-elle enfin demander la paix ?

Monument édifié à la Flamengrie (Aisne) à l'endroit où fut demandé l'armistice le 7 novembre 1918.

C’est dans le journal du 10 novembre qu’on a pu lire la bonne nouvelle :

le jeudi 7 à 10 heures du soir, les « Boches » ont présenté le drapeau blanc.

On a appris l’arrivée des délégués allemands au quartier général du Maréchal Foch le vendredi matin. On sait que les conditions imposées par les alliés leur ont été remises et qu’ils disposent de 72 heures pour y répondre…

Alors, partout, on attend. On attend, confiant et anxieux à la fois.

BNF- gallica : le wagon où fut signé l'armistice exposé dans la cour des Invalides, le 29 avril 1921

L'annonce

Ce lundi 11 novembre, dès le matin, au moins à Lorient, le bruit court : l’Allemagne a  signé  « sa propre capitulation». Mais l’annonce officielle du cessez-le-feu, ce cessez-le-feu  qui devait être effectif à 11 heures précises n’arrivera pas avant l’heure dite.

Et c’est à 11 heures précises, que le vice-amiral Aubry autorise la publication de l’armistice. A Lorient, on ne tarde pas à pavoiser, « les couleurs françaises et alliées flottent allègrement à toutes les fenêtres, et jusqu’aux plus humbles mansardes. ».

Pourtant, ce n’est qu’à midi que tous les maires du département reçoivent la dépêche tant espérée :

« Armistice conclu ce matin, hostilités cessent à partir de onze heures. Veuillez annoncer la nouvelle, faire sonner les cloches et pavoiser en l’honneur de la Victoire de la France et de ses alliés. »

La liesse

Il est probable que les Locmiquélicains ont entendu sonner l’angélus avant « l’alléluia du triomphe » à l’église Saint-Michel mais les avions des vainqueurs qui survolaient la ville en fin de matinée ne laissaient pas planer le doute.

Et qui sait ? Les vents ont peut-être porté plus vite le son des cloches de l’église Saint-Louis jusqu’à la rive gauche. Il est en tout cas certain que les 21 coups du canon de la Tourmente «répétés successivement par tous les navires de la rade, français et alliés, et que leurs sirènes,  se mêlant à celles des navires de commerce (…) amarrés dans l’avant-port et le bassin à flot [se joignant] à celle des grandes usines » ont été entendus et accueillis ici avec la plus grande émotion.

« Achiw an taol ! Ça  y est ! ça y est ! » semble être le leitmotiv prononcé partout, au front comme à l’arrière, sur les lettres des poilus ou de leurs familles « le cri unique, unanime, lancé à plein poumon par tous » qui témoigne du soulagement général après  52 mois d’angoisse, de larmes et de privations.

La victoire en chantant (BNF, gallica, La baïonnette, 3 octobre 1918)

On a agité les drapeaux français et américains... et on a remercié le ciel et les poilus.

Comme partout, on s’est embrassé. Les larmes ont coulé sur des visages heureux ! La guerre était finie !!!

 On pensait à tous ceux qui étaient tombés, aux veuves, aux orphelins mais on respirait… enfin !

 1 - (Union Morbihannaise 24 nov)

Sources : Le nouvelliste du Morbihan, 10 et 12 novembre 2018.

Publié dans La Grande guerre

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Une rentrée scolaire très tardive en 1918

Publié le par Marylis Costevec

(BNF, gallica, la Baïonnette, 14 nov 1918)

(BNF, gallica, la Baïonnette, 14 nov 1918)

Si LE PETIT PARISIEN du 1er octobre 1918, pouvait titrer « Les écoliers réintègrent les classes » et «  L'administration de l'instruction publique [estimer] que, pour la première fois depuis trois ans, la rentrée scolaire [s'annonçait] comme à peu près normale … », ce n’était pas vraiment le cas en Morbihan où le préfet avait été contraint de repousser la rentrée à 2 reprises.

Fin septembre 1918, on repère dans les journaux quelques entrefilets où les écoles annoncent le report de la rentrée au 14 octobre. L’épidémie de grippe frappe sévèrement le département et même si on note un petit fléchissement, il est toujours jugé prudent d’éviter les rassemblements pour limiter la contagion.

Le 13 octobre 1918, on lit dans le NOUVELLISTE DU MORBIHAN que, bien que l’épidémie ne soit pas plus intense,  la rentrée n’aurait pas lieu avant le 4 novembre au plus tôt dans le Morbihan et l’Ille et Vilaine et le Finistère.

Enfin, le 3 novembre, on apprend que la préfecture du Morbihan, considérant que "l’épidémie de grippe est en voie de décroissance", a fixé la rentrée des classes au lundi 4 novembre, sauf en ce qui concerne quelques communes. 

Parmi le 24 communes concernées,  on trouve Riantec, Nostang et Kervignac.  Alors, les petits Minahouets ont-ils pu se présenter à l’école ? Probablement ! même si la section de Locmiquélic n’avait pas encore obtenu son indépendance et faisait toujours partie de la commune de Riantec mais rien ne nous permet de l’assurer.

En tout état de cause, ceux qui sont rentrés dans la cour de l’école, à cette date ou plus tard, ont été l’objet d’un examen attentif car  « pour tenir compte d’une situation sanitaire qui [commandait] encore de sérieuses précautions »,  différentes mesures avaient été préconisées par le conseil départemental d’hygiène :

« -Les maîtres exercent une surveillance assidue sur les écoliers et n’admettent, chaque matin, que ceux qui paraissent indemnes de toute indisposition.

- Les enfants appartenant à une famille dont un membre est atteint de grippe s’abstiennent de venir à l’école.

- Le nombre de sortie dans la cour de l’école sont augmentées pour permettre d’aérer fréquemment les salles d’étude.

- un chauffage entretenant une douce température doit être assuré partout.

- Les maîtres qui constateraient une diminution de la fréquentation scolaire causée par la grippe devront en aviser immédiatement la municipalité qui en saisira le préfet.

- il est demandé aux directeurs d’internat d’exiger, des élèves rentrants, un certificat médical constatant qu’ils ne sont pas atteints de la grippe et qu’il n’y a, dans leur famille, aucun cas contagieux. »

l'UNION MORBIHANNAISE du 10 novembre 1918.

Publié dans La Grande guerre

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Souvenirs de permissions ...

Publié le par Marylis Costevec

Vous ne vous êtes sans doute jamais demandé quelle était l'importance de la baisse de natalité pendant la grande guerre.

Nous avons, quant à nous été un peu surpris par le nombre de bébés mis au monde à Locmiquélic pendant cette période, compte-tenu de l'absence des hommes et surtout des circonstances qui n'incitaient guère à procréer.

Si en 1913 et 1914, 84 et 85 enfants ont vu le jour dans notre commune, il n'y en a eu que 62 en 1915, 42 en 1916, 64 en 1917 et 62 en 1918. Le nombre de naissances remonte à 88 en 1919 avant le pic de 1920 (112 naissances) qui s'explique aisément.

Ces enfants de la guerre ont certainement été conçus pour la plupart pendant les permissions de soldats et il est fort probable que ces naissances, relativement nombreuses malgré tout, n'étaient guère désirées.

Nous ne disposons, hélas, pas de témoignages directs mais nous pouvons nous  faire une idée des sentiments éprouvés grâce aux courriers écrits par Louis Lahoreau à sa femme, courriers qui nous éclairent aussi sur la contraception à cette époque.

Après le départ de son mari, en septembre 1918,  Maria attend vainement le débarquement des "anglais"* comme elle dit et, dans une lettre qui émeut beaucoup son époux, elle lui reproche vivement d'avoir fait "du beau travail". Elle considère donc qu'il est le seul responsable de son état et lui fait remarquer que "ce n'est pas [lui] qui en subira les conséquences".

Le poilu en est tout "surpris", retourné, "chiffonné" et jure "qu'il n'a rien fait pour cela", qu'à l'avenir, il n'agira pas "à la légère" et que si cela se reproduit ce sera "involontaire et encore après beaucoup de précautions"...

Il semblerait bien que Maria ait évoqué un avortement possible et Louis s'y oppose fermement  dans sa lettre du 29 septembre :
 

Ce petit viendra peut-être au monde plus tôt qu’il ne serait venu si nous avions attendu la fin de la guerre. Il n’y a pas plus de ma faute que de la tienne. C’est la destinée qui l’a voulu. Tu seras bien gentille de faire attention de façon qu’il n’arrive rien. Tu t’exposerais déjà à altérer ta santé et puis tu perdrais mon estime. Si je savais que tu essayais de le faire couler ce qui est fait il ne faut pas le défaire. Avis aux amateurs de prendre des précautions pour éviter ces ennuis. Cet enfant sera à nous deux. Par conséquent, ce n’est pas un déshonneur, au contraire. Tandis qu’une femme qui fait couler un embryon ou un fœtus, c’est le commencement du crime et si malheureusement plus tard, il nous arrivait de perdre nos enfants et de ne plus en avoir, nous n’aurons rien à nous reprocher.

Un-poilu-sans-histoire.over-blog.com

(voir les  lettres précédentes en cliquant sur les liens ci-dessous)*

Avec ces courriers, nous entrons dans l'intimité de nos ancêtres et les plus jeunes se rendront peut-être compte de ce qui a été obtenu par leurs parents et du déplacement de la responsabilité dans le couple en manière de contraception entre autrefois et maintenant.

 

* les règles, en référence à la couleur de l'uniforme des britanniques.

* Merci à Jean-Louis Letellier de nous faire partager le quotidien de ce poilu.

Publié dans La Grande guerre

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A propos de la bataille d'Amiens

Publié le par Marylis Costevec

On parle beaucoup aujourd'hui dans les médias des commémorations de la bataille d'Amiens. Curieusement, on parle plus de la présence ou de l'absence des personnalités françaises ou britanniques que des faits eux-mêmes qui ont pourtant été décisifs quant à l'issue du conflit.

Que sait-on aujourd'hui du rôle joué par l'armée britannique dans cette victoire ?

Nos hommes politiques en ont-ils vraiment conscience ?

Qu'en savait-on à l'époque à Locmiquélic et dans ses environs ?

La presse locale nous renseigne :

Dans son édition du 10 août, le Nouvelliste du Morbihan publie les  communiqués officiels. Parmi ceux-ci le communiqué  britannique du 8 août est le plus précis :

 

" Les opérations commencées ce matin, sur le front d’Amiens par la 1ère armée française, sous le commandement du général Deberney et la 4ème armée anglaise sous les ordres du général Sir Henry Rawlinson, se développent favorablement.

Les troupes alliées avaient été massées à la faveur de la nuit, à l’insu de l’ennemi.

A l’heure fixée pour l’assaut, les divisions françaises, canadiennes, australiennes et anglaises, soutenues par un grand nombre de tanks britanniques, se sont élancées vers les positions allemandes sur un front de plus de vingt milles (…)

un tank anglais dans les Flandres -agence Rol- (source : BNF-gallica)

 

L’ennemi a été surpris et sur tous les points les alliés ont fait des progrès rapides.

De bonne heure tous nos objectifs avaient été atteints sur l’ensemble du front d’attaque.

Pendant la matinée, l’avance de l’infanterie alliée s’est poursuivie, vivement soutenue par la cavalerie britannique, les tanks légers et les batteries d’auto-mitrailleuses.

 

source : delcampe

 

En certains points, la résistance des divisions allemandes a été brisée après de vifs combats. Nos troupes ont fait de nombreux prisonniers et capturé des canons.

Au nord de la Somme, la plupart des objectifs ont été atteints avant midi, mais aux environs de de Chopilly et au Sud de Morlancourt, des détachements  ennemis ont opposé une résistance prolongée. Dans ces deux endroits de durs combats ont été livrés. Mais finalement nos troupes ont surmonté la résistance de l’infanterie allemande et ont atteint leurs objectifs.

Au sud de la Somme, grâce à la bravoure de l’infanterie alliée, à l’élan et à la vigueur de ses attaques, nos avons atteint dans l’après-midi sur les points principaux de tout le front de bataille, les derniers objectitfs fixés pour la journée.

Appuyés par nos tanks légers et nos auto blindées, notre cavalerie a dépassé l’infanterie et s’est portée au-delà de nos objectifs, bousculant les convois allemands en retraite, s’emparant de plusieurs villages et faisant de nombreux prisonniers.

(…)

Il est impossible à l’heure actuelle d’évaluer le nombre de prisonniers et de canons et l’importance du matériel capturé, mais on signale déjà que plusieurs milliers d’ennemis et un grand nombre de canons sont tombés entre nos mains."

En page 2 du journal, sous la rubrique dernière heure, le grand titre montre l'espoir suscité par ces premiers succès :

"Les alliés marchent à  la victoire

________________

Plus de 14000 prisonniers et 120 canons."

L'article reproduit le communiqué britannique qui détaille les opérations et l'avancée des troupes ainsi que le recul des ennemis.

source : BNF gallica

Le 11 août,

le communiqué britannique parle de 17 000 prisonniers et de 200 à 300 canons.

Le journal reproduit aussi le communiqué allemand :

"Le communiqué allemand avoue l’échec infligé aux troupes impériales par les armées alliées à l’est d’Amiens dans les termes suivants :

«  Entre l’Ancre et l’Arve, l’ennemi a attaqué hier avec des forces importantes. Il a, à la faveur d’un épais brouillard, pénétré avec ses chars d’assaut dans nos lignes d’infanterie et d’artillerie.

Au nord de la Somme nous avons dans la contre-attaque rejeté l’ennemi de nos positions.

Entre Somme et Avre nos contre-attaques ont arrêté l’assaut ennemi immédiatement à l’est de la ligne Morlancout-Harbonnières-Caix-Fresnoy-Contoire. Nous avons subi des pertes en prisonniers et en canons.

Parmi les prisonniers que nous avons faits nous avons identifié des Anglais, des Australiens et des Canadiens du corps expéditionnaire ainsi que des Français. »

 

Le 13 août

Le journal titre :

La victoire des alliés

40 000 prisonniers, 700 canons

 

On peut aussi lire les communiqués officiels des  états-majors français et britannique qui soulignent le rôle joué par l'aviation :

communiqué français :

L’aviation  française a, hier encore, participé à la bataille en liaison intime avec l’infanterie, talonnant l’avance réalisée par nos fantassins en harcelant l’ennemi à la bombe et à la mitrailleuse.

Malgré des conditions atmosphériques peu favorables, nos escadrilles ont livré de nombreux combats au cours desquels quatorze avions allemands ont été abattus ou sont tombés désemparés  et neuf ballons captifs  incendiés.

Nos formations de bombardement de jour ont lancé plus de vingt-trois tonnes de projectiles sur les troupes et les rassemblements de la vallée de l’Avre  et de la zone de bataille ainsi que sur les gares de l’arrière-front. Notre aviation de bombardement de nuit a, elle aussi jeté près de dix-sept tonnes sur les gares de Ham, Nesle, Hombleux e*et sur de nombreux bivouacs provoquant des incendies et des explosions. »

Avion de bombardement Caproni : [photographie de presse] / [Agence Rol]

Communiqué anglais :

Au cours des combats du 10 août, trente-neuf appareils ennemis ont été abattus et vint-deux forcés d’atterrir désemparés.

Vingt-trois des nôtres ne sont pas rentrés (…)

Nous avons lancé trente-huit tonnes et demie de bombes dans la journée sur différents objectifs et dix-huit tonnes et demie au cours de la nuit suivante.

Le 10 août , l’intervention de notre aviation dans la zone  de la bataille a continué sans interruption et de nombreux combats ont eu lieu avec les aéroplanes allemands. Nos ballons ont suivi de près l’avance de l’infanterie et ont fait d’utiles observations pendant la journée. »

 

 

Bilan humain :  côté allemand 40 000 soldats allemands tués et 33 000 prisonniers ; les pertes françaises et britanniques s'élèvent à 46 000 soldats.*

La bataille d'Amiens est le début d'une série de victoires qu'on appellera plus tard « l'offensive des Cent-Jours ». Celle-ci mènera à la victoire des alliés et à l'armistice du 11 novembre 1918. 

 

*(source : https://www.retronews.fr/conflits-et-relations-internationales/echo-de-presse/2018/08/07/aout-1918-la-bataille-d-amiens)

 

 

 

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