Quand Tisiphone frappe l'onde ..

Publié le par Marylis Costevec

Quand Tisiphone frappe l’onde

 

Quand Tisiphone frappe l’onde, c’est le moment ou jamais d’entrouvrir la porte de la classe de Madame Georgeault et de s’y glisser entre deux rafales.

En l'an 1900, en cette saison, le poêle ronfle, les grands châles sont accrochés aux porte-manteaux et les sabots sont bien alignés contre le mur. La pluie frappe aux carreaux et on entend le vent siffler.

Bras croisés, les petites filles écoutent Marie-Josèphe, Marie-Françoise ou Marie-Louise réciter le poème que leur maîtresse a écrit pour elles :

Le passeur de Gâvres

 

Le bac est là … Le passeur dort.

Au loin, le flot mugit et gronde ;

Soulevant la vague féconde

Le vent lugubre souffle au Nord.

 

Au loin, le flot mugit et gronde,

Un char d’écume arrive au port ;

Le vent lugubre souffle au Nord,

Et Tisiphone frappe l’onde.

 

Un char d’écume arrive au port ;

Les goélands tournent en ronde,

Et Tisiphone frappe l’onde ;

Dans l’air, on sent planer la mort ! …

 

Les goélands tournent en ronde :

Ils ont peur de la mer profonde ;

Dans l’air, on sent planer la mort !

Le bac est là !… Le passeur dort ...

 

Les élèves connaissent certainement le Père Jacques, le passeur. Elles ont bien eu l’occasion de monter dans sa barque au Lohic* pour rendre visite à la famille de Gâvres.

Mais qui est donc Tisiphone ?

Madame Georgeault leur a bien expliqué.

Elle leur a raconté comment, dans la Mythologie grecque, les Furies, ces divinités des Enfers, exécutaient les sentences des juges et persécutaient les criminels pour venger les innocents.

Tisiphone (La vengeance) est une des trois Furies les plus célèbres. Les deux autres s’appellent Mégère (la haine)et Alecto (l'implacable).

       

  La tempête secoue bien un peu le bateau mais dans la rade, le Père Jacques est à l'abri.

         Tisiphone peut bien se démener, il a la conscience tranquille, le passeur de Gâvres.

         Il dort !

 

*Madame Georgeault (Philoména Jouan) dirigea l’école des filles de Locmiquélic entre 1880 et 1920.

* cale du Lohic, côté petite mer de Gâvres à Port-Louis (Morbihan).

Le passeur de Gâvres à la cale du Lohic (Port-Louis). D.R.

 

 

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