La bordée nocturne des marins minahouets

Publié le par Marylis Costevec

 Marins en bordée ... 

 

Vous entendez parfois dire qu'autrefois, les jeunes étaient plus sages et mieux éduqués que ceux d'aujourd'hui.

En feuilletant la presse ancienne ou en relisant les minutes des tribunaux et de la justice de paix, on s'aperçoit bien vite qu'il n'en était rien ! Les nuits lorientaises étaient souvent agitées et la maréchaussée avait fort à faire pour calmer les excité(e)s et séparer les belligérants locaux.

Même dans les villages perdus, on pouvait avoir maille à partir avec quelques personnages un tantinet énervés et les journaux nous font part de scènes parfois rocambolesques.

Nous avons relevé le compte-rendu d'une virée nocturne où nos compatriotes ont montré combien, l'alcool aidant, ils pouvaient avoir le sang chaud :

"[Ils étaient déjà bien « chichtés »*, le 6 jeunes Minahouets  qui passaient par le village de Groach Carnec à Riantec le 31 du mois d’août 1918 à minuit. Mais ils avaient encore soif ! Aussi, voyant de la lumière dans la maison des époux Gautier, il frappent aux volets et demandent  du cidre.

Madame Gautier, qui allaitait son nouveau-né],  leur répond qu’elle n’en a pas – « Mais, on vous paiera. – ça n’en fera pas venir, réplique la jeune femme … »

Mais les noctambules ne l’entendent pas ainsi. On les entend remuer autour de la maison, renversant une échelle, bousculant portes et fenêtres, brisant finalement deux carreaux, ce qui leur donna quelque frousse et les décida à prendre la poudre d’escampette.

Sans crainte du nombre de ses adversaires, le brave Gautier se jeta résolument dans la nuit à la poursuite de ses indiscrets visiteurs et les rejoignant à une cinquantaine de mètres leur livra un mémorable combat dont, en dépit de son courage, (…) il sortit, hélas, vaincu, battu, rossé, terrassé et piétiné.

Sa femme qui le suivait de près, intervint bravement dans la mêlée : elle eut le même sort et le plus, fut gratifiée d’une ecchymose à la tête.

On ne sait jusqu’où les choses auraient poussé si, fort heureusement des voisins, éveillés et attirés par les cris d’appel, n’avaient mis fin à cette scène brutale en dispersant les agresseurs qui s’empressaient de filer doux à la faveur des ténèbres.

Mais ils n’en ont pas moins été reconnus : ce sont six jeunes matelots et fusiliers-marins de Kerderff et de Locmiquélic qui, à l’heure actuelle, doivent se mordre les doigts de leur malencontreuse équipée."

(d'après Le Nouvelliste du Morbihan, 1er septembre 1918)

* chisté : ivre après avoir bu trop de cidre.

 

 

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Mainguy 01/11/2018 08:55

BRAVO Marylis !!!