Publié le 21 Juin 2016

Au milieu du XXème siècle, à Locmiquélic, pays de traditions, on se réunissait encore autour du feu de la Saint-Jean que les jeunes avaient allumé. On en profitait pour brûler tout ce dont la mer n'avait pas voulu !

Celui qu'on brûla le 24 juin 1961

Autrefois, dans les pays celtes et germaniques, il était d’usage d’allumer de grands feux de joie au moment du solstice d’été, le jour le plus long de l’année. Cette tradition a, comme beaucoup d’autres, été récupérée par les Chrétiens et, jusqu’à une époque récente, les paroissiens se rassemblaient autour des feux allumés à la saint Jean, le 24 juin, les réjouissances profanes prenant de plus en plus le pas sur les rites religieux.

A Locmiquélic, certains se souviennent encore des feux allumés sur le rivage pour l’occasion.

Chaque quartier allumait le sien. Philippe revoit avec nostalgie le rocher de la pointe du Bigo qui lui semble bien plus petit qu'à l'époque où il regardait brûler celui de Pen Mané.

Il y en avait un aussi du côté de la Palud et Marie Hélène se souvient du goût délicieux  des pommes de terre qu'on faisait griller  dans la cendre quand les flammes s'étaient éteintes.

Nous avons aussi recueilli le témoignage de Jean-Claude PROVOST qui, autour de 1960, avec ses amis Jean-Luc et Jean-Paul allumaient celui du Gelin, entre ce qui est actuellement la Capitainerie et la SNSM.

Bien entendu, des « non-Jean » venaient renforcer l’équipe des Tri Yann Minahouets :

« Les enfants des quartiers récupéraient du bois flotté ainsi que les planches des carcasses de bateaux ou tout autre combustible comme les vieux sommiers (1), par exemple (A l’époque, la grève servait de décharge(2)).

Notre but était d’avoir le plus grand feu, et qu’il dure le plus longtemps possible.

Pour l’allumer, nous utilisions ce que nous appelions du soufre. En réalité c'était de la poudre à canon que nous trouvions sous forme de baguettes plates sur la grève de l’île St Michel quand la mer se retirait loin, au moment des grandes marées. Nous récupérions surtout des morceaux de ce qui ressemblait à des lames de scies à métaux longues d'environ 25 cm.

Une fois séchées, ces baguettes s’enflammaient avec une facilité stupéfiante en dégageant une très forte chaleur, idéale pour allumer un feu.

Quand le brasier était très actif, on y jetait des morceaux de fibrociment(3) qui, sous l’effet de la chaleur, explosaient comme des pétards.

Nous avions un groupe de « concurrents » entre la pointe du Bigot et Ty Douar, devant l’actuelle rue du Rivage. S’ils se reconnaissent ….. D’autres feux étaient allumés au Loch, à Pen Mané sans doute aussi.

Ces feux de la St Jean constituaient un évènement qui attirait beaucoup de monde. L’ambiance était « bon enfant ». Dommage que cela n’existe plus ! »

Merci Jean-Claude.

(1)  Les matières plastiques n’existant pas, la plupart des déchets étaient biodégradables. La pollution était surtout visuelle.
(2) Les sommiers étaient faits de coutil en coton, de crin végétal, de toile de chanvre, et même de ficelle en papier torsadé.
(3) Ça, ce n’était pas très écolo, mais à l’époque on ne connaissait pas encore la dangerosité de l’amiante.

Voir les commentaires

Rédigé par Marylis Costevec

Publié dans #fêtes calendaires, #traditions

Repost0

Publié le 6 Juin 2016

 

Fiers d'être Minaouëts !

Fiers d'être "Minaouët" ! Pas de doute, ils le sont, ces 5 marins que vous reconnaîtrez peut-être. Impossible de dire si Henri Dréano et ses compatriotes sont embarqués sur le même bateau puisqu'ils ont replié le bachi dans leur vareuse. En tout cas, ils profitent de la permission de sortie pour se faire tirer le portrait chez un photographe toulonnais.

La photo a été prise en 1924. Ce n'est pas le plus ancien document où des habitants de Locmiquélic revendiquent leur surnom. Déjà en 1911, une course en "sabots de planches de minaouëtte " était programmée pour les premières fêtes locales. Nous ne désespérons pas de trouver des témoignages encore plus anciens et si pouvez nous aider, vous êtes les bienvenus !

Le Comité d'Histoire de Locmiquélic a publié une étude très détaillée avec de nombreux dessins et photos dans son N°5 (2011) toujours disponible au siège du Comité et sur commande.

 

Un petit résumé

que nous avions rédigé en 1913

à la demande du magazine

"Le radier" :

Des minahouets dans mon canot…

Des Minahouets, vous en connaissez tous ! Vous les avez croisés sur le bateau-bus, sur le marché de Port-Louis, sur les quais et dans les bistrots des ports de la rade et d’ailleurs … et à Locmiquélic, bien sûr, puisqu’ils viennent tous de là-bas, c’est écrit sur leur carte d’identité, à ce qu’ils disent !

Ne leur demandez pas pourquoi on les appelle ainsi, vous risquez de déclencher une discussion très… passionnée. Même les membres du comité d’histoire, qui ont étudié la question pendant quelques années n’ont pas réussi à se mettre d’accord. Comme leurs congénères, certains sont sûrs de détenir la vérité mais bien entendu chacun a la sienne. Ils sont plus nombreux à hésiter, aucune des hypothèses avancées ne pouvant les convaincre tout à fait.

Il y a tout de même un point qui les rassemble : leur surnom viendrait d’un outil que leurs ancêtres auraient utilisé. On dit même qu’ils le portaient à la ceinture. L’instrument n’était donc pas très grand. Reste qu’il faut choisir entre différents instruments qui partagent ce drôle de nom. Heureusement, sinon il n’y aurait pas d’énigme !

Le comité d’histoire en a fait l’inventaire, collectionné ceux qui sont encore utilisés et reconstitué ceux qu’on n’a pas vu depuis belle lurette, ceux qui sont dans les dictionnaires français et étrangers et ceux qu’on ne trouve que dans les dictionnaires bretons.

Il y a donc le fameux maillet qui sert encore à fourrer les cordages, qu’on appelle ainsi sur toutes les mers du monde. Il n’a pas toujours eu l’aspect qu’il a aujourd’hui. Celui que les archéologues ont trouvé dans le port de Marseille datés du 2ème siècle a plutôt la forme d’une planchette, et il a gardé cette forme très longtemps si on en croit les ouvrages spécialisés.

Il y a le « bois rond » qui servait à raidir les haubans de hune et de perroquet qui a disparu depuis que l’acier a remplacé le chanvre et que le CHL a sorti de l’oubli.

Voilà pour le mot français mais à l’époque où les villageois ont été ainsi baptisés, ils parlaient breton. Et partout en Basse-Bretagne, le mot est utilisé pour désigner différents outils de perçages, alènes ou poinçons, outils qui revêtaient des aspects variés. Le minahouet du cordonnier n’est pas le même que celui du voilier et les poinçons avaient une taille adaptée à leurs différents usages. Mais les minaouets étaient tous des instruments pointus, se faufilant partout. Le terme entre d’ailleurs dans bon nombre d’expressions bretonnes plus ou moins imagées et parfois grivoises (il désignait aussi le sexe masculin dans le langage populaire).

Les habitants de Locmiquélic sont les seuls à porter collectivement ce surnom et ce, depuis fort longtemps, très probablement bien avant 1850 (On trouve l’appellation intégrée et revendiquée dans un journal de 1910). Il semble cependant qu’on interpelait aussi de cette façon les petits garçons dans le pays de Lorient, et ceci au-delà des limites de Locmiquélic. Il a par ailleurs été trouvé trace d’individus ainsi nommés, le plus ancien étant un meunier de Locpéran (ancien nom de Port-Louis) en 1522.

A l’heure actuelle, rien ne permet d’affirmer qu’un instrument est plutôt qu’un autre à l’origine du sobriquet puisqu’ils étaient tous d’usage courant dans une population essentiellement composée de marins. Il garde donc tout son mystère. Chacun l’interprète à sa façon. C’est probablement ce qui fait tout son charme.

NB : en 2022, nous n'avons toujours aucune preuve qui privilégie une origine plutôt qu'une autre pour l'attribution du surnom même si certains vous affirment le contraire.

Quelqu'un a tenté de démontrer que l'outil serait le maillet de calfat mais son étude part d'un article de dictionnaire lu un peu trop rapidement qui aurait dit que le minahouet sonnait.

En réalité, l'article en question donnait une indication de prononciation :

"Faites sonner le "t" , c'est-à-dire prononcez "minahouette" comme brouette et non "minahouet" comme robinet.

A oublier donc !

 

Voir les commentaires

Rédigé par Marylis Costevec

Publié dans #Minahouets ?

Repost0