Clarisse Crémer : le retour...
Nous étions présents le 1er février 2025, aux Sables-d’Olonne, pour accueillir Clarisse Crémer à son arrivée, au terme d’une nouvelle traversée du Vendée Globe. Une ligne d’arrivée franchie une fois de plus avec courage, mais aussi avec cette sincérité et cette humanité qui la caractérisent. Un an plus tard, sa vie a profondément changé — sans jamais s’éloigner vraiment de la mer.
Une vie transformée, entre maternité et souvenirs du large
« Quelle joie d’accueillir notre petite Fleur le 14 décembre dernier ». En quelques mots, Clarisse résume le bouleversement intime qu’elle traverse. Il y a encore peu, elle bouclait un tour du monde en solitaire. Aujourd’hui, elle retrouve les nuits hachées, les repères chamboulés et les émotions intenses de la maternité.
Avec humour, elle ose une comparaison inattendue : après deux Vendée Globe et deux grossesses, elle constate que l’un n’est pas forcément plus simple que l’autre. Derrière cette légèreté, une réalité plus complexe : celle d’une femme partagée entre la joie immense de fonder une famille et la sensation troublante de voir le monde continuer d’avancer sans elle.
Le retour à la mer : une nécessité
Impossible pourtant de rompre le lien avec l’océan. Après plus d’un an loin des embruns, Clarisse annonce son retour, un retour progressif, imparfait, mais essentiel.
Elle embarque comme équipière à bord de l’Ocean Fifty Lazare pour deux semaines de régate en Méditerranée. Un format plus court, plus léger que le Vendée Globe, mais une étape clé pour retrouver ses sensations.
Ce retour n’est pas seulement sportif. Il est aussi profondément personnel. Il marque une étape dans la reconstruction, dans la réappropriation de son corps et de ses sensations.
Et dans cette transition, un soutien essentiel : son mari, Tanguy. En lui cédant sa place à bord, il lui offre bien plus qu’une opportunité sportive — un véritable tremplin pour se retrouver. « Rien de tel que le vif du sujet pour m’aider à avancer », reconnaît-elle.
Une femme de liens et de territoire
Bien intégrée à Locmiquélic, elle y partage son expérience, mais surtout une manière d’être au monde, faite d’authenticité et de transmission.
Elle a répondu aux questions de la radio locale et le 11 avril 2026, la médiathèque Philomèna Jouan l’accueillait pour un moment d'échanges particulièrement riche, orchestré par Patricia Le Boulch-Rio. Elle a pu évoquer la réalisation de sa BD et répondre aux interrogations du public sur la gestion du mental en course.
Un projet collectif, intergénérationnel
et profondément humain
Depuis l’automne 2025, la médiathèque pilote un projet d’envergure : la création d’un film d’animation en stop motion intitulé Des jours sans nuit, inspiré de la bande dessinée J’y vais mais j’ai peur, coécrite avec l’illustratrice Maud Bénézit.
Dans la pénombre d’un studio improvisé, installé au cœur même de l’Ehpad Le Glouahec, résidants, enfants et bénévoles ont collaboré à une œuvre commune. Les résidants ont imaginé et fabriqué les décors maritimes — bateaux, personnages, univers — tandis que les plus jeunes se chargeaient de la mise en scène et de la prise de vue, accompagnés par l’Atelier Scarole.
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Ce projet, initié dès août 2025, a réuni 46 participants et six partenaires : enfants, adultes, résidants, musiciens de l’école Sonam’ et professionnels de l’animation. Ensemble, ils ont écrit un scénario inspiré des hallucinations décrites par Clarisse lors du Vendée Globe, liées au manque de sommeil en mer.
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Chacun a pu y apporter sa contribution, ses idées, sa sensibilité. Le film, d’une durée de cinq à six minutes, a également intégré une dimension linguistique avec la traduction des textes en breton.
Pour les résidants de l’Ehpad, l’expérience a été marquante : découverte d’une technique, fierté de voir leurs créations prendre vie, plaisir de partager ce projet avec leurs proches. Certains ont même reçu la bande dessinée en cadeau, prolongeant ainsi l’aventure.
Une émotion partagée
Lors de la restitution du projet, les enfants de l’école de musique Sonam’ ont interprété « Le Beau voyage de Clarisse », une chanson née plusieurs années plus tôt, en 2020, lorsque des élèves de CP avaient écrit un texte pour encourager la navigatrice lors de son premier Vendée Globe.
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Touchée, Clarisse avait alors créé un clip à partir de cette chanson, diffusé sur internet et vu des dizaines de milliers de fois. Une boucle presque bouclée, aujourd’hui, avec cette nouvelle collaboration artistique.
Face au film, qu’elle qualifie d’« absolument génial », la navigatrice mesure la portée de ce type de projet : créer du lien, faire dialoguer les générations, transformer une expérience individuelle en aventure collective.
Entre intensité et équilibre
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Clarisse évoque souvent cette forme de stabilité mentale qui l’aide en mer, tout en reconnaissant les montagnes russes émotionnelles qui accompagnent ses navigations. Aujourd’hui, cet équilibre se redéfinit autrement.
Entre vie de famille, reprise sportive et engagement local, elle construit une nouvelle trajectoire. Ni tout à fait la même, ni totalement différente. Une continuité, autrement.
Continuer d’avancer ...
À travers son parcours, ses engagements et les projets qu’elle inspire, Clarisse Crémer rappelle une chose essentielle : les grandes aventures ne se limitent pas aux océans.
Elles se vivent aussi à terre, dans les choix du quotidien, dans les liens que l’on tisse, dans la capacité à se réinventer.
Du Vendée Globe à Locmiquélic, du large à la médiathèque, elle trace une route singulière. Une route faite d’équilibres, de doutes, de retours… et toujours, d’envie d’avancer.
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Sources : "Clarisse dans l'Atlantique", Ouest France, Le télégramme,radio balises...
Crédit photos : Marylis Costevec-Le Hay, Jean-Pierre Gerbal